Rencontre avec Marie-Claude Beaud, directrice du Nouveau Musée National de Monaco

©Latifa Echakhch, le jardin mécanique 

Tom Wesselmann , Great American Nude #53, 1964 Huile et collage sur toile / oil and collage on canvas 304,8x243,84 cm /120 x 96 inches © The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Great American Nude #82 », 1966 ‒ plexiglas moulé et peint et « Bedroom Painting #4 », 1968 ‒ huile sur toile© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Gina #39 Hand», 1972 ‒ huile sur toile© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Bedroom Painting #24 », 1970 ‒ huile sur toiles découpées© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Bedroom Face with Lichtenstein », 1988-92 ‒ huile sur aluminium découpé© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Still Life #48 », 1964 ‒ peinture acrylique, collage et montage sur panneau et « Bedroom Painting #4 », 1968 ‒ huile sur toile© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Seascape #10 », 1966 ‒ plexiglas moulé et peinture gripflex© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

« Big Study for Great American Nude #75 », 1965 ‒ crayon sur papier© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York

Tom Wesselman, March 1962 © The Estate of Tom Wesselmann/Licensed by VAGA, New York

Trulli
©Latifa Echakhch, le jardin mécanique 
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Tom Wesselmann , Great American Nude #53, 1964 Huile et collage sur toile / oil and collage on canvas 304,8x243,84 cm /120 x 96 inches © The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Great American Nude #82 », 1966 ‒ plexiglas moulé et peint et « Bedroom Painting #4 », 1968 ‒ huile sur toile© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Gina #39 Hand», 1972 ‒ huile sur toile© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Bedroom Painting #24 », 1970 ‒ huile sur toiles découpées© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Bedroom Face with Lichtenstein », 1988-92 ‒ huile sur aluminium découpé© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Still Life #48 », 1964 ‒ peinture acrylique, collage et montage sur panneau et « Bedroom Painting #4 », 1968 ‒ huile sur toile© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Seascape #10 », 1966 ‒ plexiglas moulé et peinture gripflex© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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« Big Study for Great American Nude #75 », 1965 ‒ crayon sur papier© The Estate of Tom Wesselmann/ Licensed by VAGA, New York
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Tom Wesselman, March 1962 © The Estate of Tom Wesselmann/Licensed by VAGA, New York

 

“Valoriser le passé tout en l’inscrivant dans la contemporanéité, est pour moi une évidence, une nécessité absolue”

 

C’est à l’occasion de  l’exposition consacrée à Tom Wesselmann, pop-artist américain au Nouveau musée national de Monaco que nous rencontrons sa directrice, Marie-Claude Beaud une libre penseuse, passionnée d’art, de BD, de design mais aussi de musique électronique (elle lance avec Radio FG le festival Global Tekno)..

Etre là on ne l’attend pas, pourrait être sa devise.

Elle est la première en France à acquérir un Wesselmann pour la collection du musée de Grenoble, alors dirigé par Maurice Besset, dans cette ville où Malraux crée la première maison de la culture. Une époque fondatrice qu’elle quitte pour Toulon puis en 1984 elle prend la  direction de la Fondation Cartier à Jouy en Josas avant que ne s’offre à elle le défi du déménagement à Paris boulevard Raspail dans la nouvelle structure réalisée par Jean Nouvel. Elle prend ensuite la direction de l’American Center à Paris dans un bâtiment conçu par Franck Gehry parc de Bercy. Elle se voit ensuite offrir l’Union Centrale des Arts décoratifs, un grand paquebot qui lui permet de donner cours à sa passion pour la mode, le graphisme et le design.

Clap de fin début 2000 quand le futur MUDAM de Luxembourg réalisé par I. M. Pei lui est confié. Un petit pays fait de multiples strates culturelles qui préfigure sa mission en Principauté.

 

smArty: Quelle image aviez-vous de la scène monégasque avant d’y arriver tout d’abord à l’invitation en 2005 de la Princesse Caroline pour le PIAC, prix d’art contemporain de la Fondation Prince Pierre ?

Marie-Claude Beaud: Je suis quelqu’un sans apriori et je me décide lorsque que la mission m’intéresse et que l’on me donne des gages de liberté ce qui est le cas à Monaco comme ce le fut à Luxembourg. Pour le prix d’art contemporain S.A.R. la Princesse de Hanovre m’a laissé une grande marge de manœuvre. J’ai pu ainsi apporter des changements et obtenir la venue d’un directeur artistique, le premier étant Jean-Louis Froment. Il avait créé le CAPC de Bordeaux à l’époque où je faisais mes armes à Grenoble et à Toulon.

Je retrouvais toute cette période formidable que j’avais vécue en France avec des lieux qui n’étaient pas au départ uniquement voués à la création contemporaine et dans des villes pionnières comme Grenoble pour qui la culture était un outil fondamental d’éducation.

Parmi les autres nouveautés pour ce prix j’ai suggéré la création d’un jury international et un système de parrainages dans le monde entier. Aujourd’hui le directeur artistique actuel Lorenzo Fusi a l’ambition de développer encore plus la portée internationale du PIAC.

En 2008, S.A.S. le Prince Souverain et S.A.R. la Princesse de Hanovre m’ont proposé de reprendre le musée. Mon prédécesseur Jean-Michel Bouhours avait engagé des expositions temporaires et catalogues remarquables pour donner à voir une partie des collections au Quai Antoine Ier et l’un de ses axes d’acquisition portait sur Kees van Dongen qui avait élu domicile après-guerre sur la Riviera française et en particulier à Monaco. 

smArty: Quels sont les défis du nouveau musée et en quoi le “LAB” ou “Training for a museum” sont-ils des outils parmi d’autres leviers décisifs de prospective ?

 

M-C Beaud: Les étapes :

Nous sommes répartis sur 2 lieux, la Villa Paloma et la Villa Sauber avec de nombreux défis associés.

Nous avons d’abord mis plusieurs années à restaurer les collections très éclectiques composées de dons et dépôts d’époques différentes, dont celle de la Société des Bains de Mer dédiée aux arts du spectacle, tout en proposant à des artistes d’intervenir à partir de cette histoire, comme Yinka Shonibare, MBE, Nick Mauss pour un projet de Célia Bernasconi (Conservateur en Chef), Designing Dreams, A Celebration of Leon Bakst à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du célèbre décorateur des Ballets Russes mettant en lumière ses plus belles réalisations pour la scène, et démontrant son influence décisive dans le domaine du design textile et de la mode et actuellement Latifa Echakhch (Villa Sauber).

La vocation des deux éditions du LAB était, sous forme d’une plateforme d’échanges, d’abord de montrer les coulisses du musée puis de s’interroger sur la  question : Quel musée pour demain ?

smArty: Axes directeurs ?

M-C Beaud: Pour moi 3 axes orientent la politique d’acquisition:

-Garder un lien avec le passé, à l’histoire de ce « petit » pays et la réalité multiculturelle de ses résidents qui représentent le monde. Ici ce sont 139 nationalités qui cohabitent sur 2km² ! De nombreux artistes, compositeurs danseurs chorégraphes sont venus du monde entier au début du XXème siècle comme Diaghilev ou Lifar et des artistes contemporains y sont encore liés, comme Anish Kapoor qui  a passé son enfance à Monaco avant de partir à Londres et Michel Blazy qui est natif de Monaco.

-Le rapport au territoire et au paysage que l’on retrouve notamment dans les collections de peintures dont celles de Monet par exemple qui s’est inspiré de ses visites à Monaco pour réaliser une série d’œuvres.

– La non hiérarchie des genres que je défends depuis toujours, comme avec les artistes invités en résidence au LAB architectes, artistes, philosophes, penseurs, paysagistes… Prochainement nous rêverions de mettre en place un lieu dédié à la céramique, dont la technique est très liée à l’histoire de la Principauté dès le XIXème siècle, projet qui tient très à cœur à S.A.R.  la Princesse de Hanovre

smArty: «Construire une Collection » en 2015 ou plus récemment “Collection NMNM une sélection d’œuvres acquises grâce au soutien d’UBS (Monaco S.A.)” ont été l’occasion d’un bilan plus de 10 ans après la naissance du projet de préfiguration, comment le public a-t-il réagi ?

 

M-C Beaud: UBS soutient en effet les acquisitions du NMNM depuis 6 ans en tant que partenaire principal, tout comme notre Cercle des Mécènes.

Répondre à cet enjeu “Construire une collection” tout en valorisant le patrimoine a permis de dévoiler au public l’ouverture à l’international de la collection et la grande mixité des mediums et techniques représentés. Organisée en 2 volets et sur les deux Villas, le public a été très réceptif.

Si les gens sont parfois surpris du niveau de programme que l’on propose, certains le jugeant trop élitiste, nous menons au quotidien de nombreuses missions de transmission  auprès de tous les publics, en particulier scolaires et handicapés, car je crois énormément et c’est sans doute dû à mon enfance au partage des savoirs. Si l’éducation peut prendre plein de formes différentes, elle est primordiale. Ma grand-mère avait créé une école Montessori en particulier pour des enfants trisomiques. Une méthode qui a permis à « ma sœur de lait » elle-même touchée, de rester indépendante plus longtemps.

smArty: Les synergies?

M-C Beaud:

  • Au niveau local, la Principauté :

L’avantage d’être un petit territoire est que l’on peut connaitre tout le monde ce qui peut devenir aussi vite un inconvénient… Si nous souffrons ici d’un côté bling bling c’est à nous institutions culturelles de veiller à donner aussi une autre image.

Il faut collaborer ici non seulement avec le Palais Princier (le Prince est exécutif ici contrairement au Luxembourg), le gouvernement, la ville, et aussi une autre institution, le Conseil National (la Haute Assemblée de la Principauté).

On ne peut pas ici faire abstraction de ces particularismes et ne pas s’intégrer.

Nous travaillons avec les institutions culturelles de la Principauté : Le Pavillon Bosio – Ecole Supérieure d’arts plastiques de la Ville de Monaco, le musée Océanographique à travers les expositions de Damien Hirst, Huang Yong Ping et Mark Dion, les Ballets de Monte-Carlo, le Printemps des Arts…

  • Au niveau régional :

Dans l’équipe, Benjamin Laugier, Responsable des publics, est aussi secrétaire général du réseau Botox[s], art contemporain Alpes & Riviera, qui fédère 30 lieux, de Dolceaqua à Marseille, comme le MAMAC avec qui nous nous partageons des projets.

Cristiano Raimondi, Responsable du développement et des projets internationaux, travaille avec de grands collectionneurs résidents à Monaco et  dans la région car il existe ici de vrais collectionneurs loin du show off.

Nous avons réussi à fidéliser une communauté de passionnés d’art qui nous soutient.

L’objectif étant de créer une cartographie de possibles, allant de Gènes à Barcelone, avec comme 1ère étape un axe de Menton à Marseille.

Turin est aussi tout proche avec des initiatives très inspirantes comme la foire Artissima.

  • Au niveau international :

Avec Cristiano Raimondi, déjà cité, nous multiplions les collaborations avec des institutions internationales pour différents projets et notamment des expositions : Thomas Schütte avec le Castello di Rivoli,  Richard Artschwager ! avec le Whitney Museum, Duane Hanson avec la Serpentine Gallery ou actuellement avec l’Estate de Tom Wesselmann, pour l’exposition Tom Wesselmann, La Promesse du Bonheur dont le commissariat a été confié à Chris Sharp. Il est également important pour nous de faire appel régulièrement à des commissaires extérieurs et internationaux.

  • Art monte-carlo (depuis 2016)

Antenne d’Art Genève, la foire est un vecteur important pour nous car elle permet au public d’avoir accès à des galeries internationales de qualité.

Le programme Les Apprentis Collectionneurs proposé par Benjamin Laugier, cité plus haut dans le cadre de ce salon d’art:

L’objectif est de familiariser les adolescents à l’art contemporain en proposant d’impliquer – à l’issue d’une période de sensibilisation – 8 élèves de Première et Terminale en option Art du Lycée François d’Assise Nicolas Barré à Monaco dans l’acquisition d’une ou plusieurs œuvres d’art destinées à rejoindre les collections du NMNM.

Après plusieurs visites, ateliers et échanges avec des professionnels de l’art contemporain, la 2ème édition du Salon d’art contemporain artmonte-carlo fut l’occasion d’offrir aux adolescents un éventail international de la création et du marché afin qu’ils établissent une sélection sur la base d’un budget de 10000 euros (provenant pour partie du budget d’acquisitions du NMNM et pour une autre d’une subvention de la SOGEDA qui dépend de la Direction des Affaires Culturelles à Monaco). Trois œuvres ont ainsi rejoint les collections du NMNM en 2018 : Study for Crashpad, 2014 d’Andreas Angelidakis, Sans titre (Paysage #102), 2018 de Xavier Theunis et So alone, 2012 de Carsten Höller.

smArty: Prochains projets :

M-C Beaud: Dans le cadre des importants chantiers prévus à Monaco, c’est à Renzo Piano qu’a été confiée la revalorisation du quartier du Larvotto où se trouve la Villa Sauber.

La Villa Sauber fermera ses portes à l’issue de l’exposition de Latifa Echakhch pour trois ans de travaux de rénovation et d’agrandissement. Renzo Piano a d’ailleurs proposé plusieurs solutions dont une assez extraordinaire pour l’avenir du musée…

L’idée est de revenir à l’histoire première de cette villa Belle Epoque, d’y montrer nos collections ou des collections invitées par roulements comme une vitrine et aussi d’offrir un lieu pour accueillir des chercheurs, restaurateurs, historiens de l’art et le public qui serait accompagné afin de comprendre les défis de la préservation d’un patrimoine.

La Villa Paloma elle, va être liée aux nouvelles serres conçues par Rudy Ricciotti, pour le Jardin Exotique. En principe, une passerelle reliera la Villa Paloma, le musée d’anthropologie, les serres et les Archives audiovisuelles. Les flux de circulation seraient ainsi favorisés et une meilleure visibilité offerte aux différentes institutions.

Nous pourrions peut-être orienter la Villa Paloma autour des inventions et notamment celle de la photographie et en particulier du Monégasque Hercule Florence, le premier à avoir écrit le mot photographie en octobre 1833 et créateur de la zoophonie ancêtre de la bio acoustique par son travail dans la forêt amazonienne.

Ces changements n’empêcheront pas la poursuite de la présentation d’expositions temporaires, travail qu’avait initié mon prédécesseur.

smArty : Si vous aviez un rêve… encore inachevé?

M-C Beaud: Je voudrais partir après mes 3 mandats, laissant un espace adapté pour pouvoir montrer l’ampleur de nos richesses présentes, passées et à venir.

Il me reste à convaincre que dans les développements immobiliers, nous ayons une vraie place. Je rêve en particulier de rassembler en un seul lieu tous les espaces de réserve du musée, puisque nous en avons actuellement six répartis en Principauté et en France.

J’ai à cœur de favoriser les rencontres, ici et ailleurs, pour voir différemment grâce à  la force d’imagination des artistes et penseurs, dans l’idée du « Tout-monde » chère à Edouard Glissant.

Infos pratiques :

Tom Wesselmann, La Promesse du Bonheur

jusqu’au 6 janvier 2019

Villa Paloma

Nouveau musée national de Monaco

56 boulevard du Jardin Exotique, 98000 Monaco

Latifa Echakhch, le jardin mécanique 

jusqu’au 28 octobre 

 

Le Salon géologique : Yto Barrada en collaboration avec Stéphanie Marin

Villa Sauber

Nouveau musée national de Monaco

17 avenue Princesse Grace, 98000 Monaco

NMNM = Villa Paloma + Villa Sauber

Billet 6€

ouvert tous les jours de 10 à 18h

www.nmnm.mc

 

 

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