Rencontre avec Laurent Le Bon, président directeur du Musée National Picasso à Paris, et commissaire d’expositions

Laurent Le Bon ©Beatrice Hatala

Pablo Picasso Le peintre Salvado en arlequin, Paris,1923 Huile sur toile, 130 x 97 cm, AM4313P© Succession Picasso 2018© Centre Pompidou, MNAM CCI, Dist. RMN Grand Palais/Adam Rzepka

Pablo Picasso Arlequin assis, Paris, 1923. Huile sur toile 130,2x97,1 cm Kunstmuseum Basel, Dépôt permanent ville de Bâle, 1967, G.1967.9 Photo©Martin P. Bühler ©Succession Picasso 2018

Pablo Picasso Arlequin au miroir, Paris,1923. Huile sur toile 100x81 cm © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza/Scala, Florence© Succession Picasso 2018

Pablo Picasso Musicien, Mougins, 26 mai 1972. Huile sur toile 194,5x129,5 cm, Musée national Picasso-Paris©Dation Pablo Picasso, 1979, MP229© Succession Picasso 2018

Pablo Picasso La Baignade, Paris, 1937, Huile, crayon et craie sur toile, 129,1x194 cm, Collection Fondation Peggy Guggenheim, Venise Solomon R. Guggenheim Foundation, New York. Photo©David Heald ©Succession Picasso 2018

Pablo Picasso La Danse, Paris, 1925, Huile sur toile 215,3x142,2 cm, Tate Gallery, Londres, achat en 1965, T00729© Succession Picasso 2018

René Dürrbach et Jacqueline de La Baume-Dürrbach,Les Demoiselles d'Avignond'après l'oeuvre éponyme de Pablo Picasso (1907) Cavalaire, 1958. Tapisserie sans couture, chaîne de coton, trame de laine 272x260 cm ©Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el arte,Madrid© Succession Picasso 2018

Pablo Picasso Femmes à leur toilette, Paris, 1937 Papier collé. Papiers peints découpés, collés et gouache sur papier marouflé sur toile 299x448 cm. Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979, MP176© Succession Picasso 2018

Pablo Picasso, Femme assise au fichu, 1902 Huile sur toile Detroit, Detroit Institute of Arts, ©Succession Picasso 2018

Pablo Picasso, Pierreuses au bar, 1902 Huile sur toile, 1902 Hiroshima, Hiroshima Museum of Art ©Succession Picasso 2018

Pablo Picasso l'Attente Huile sur carton Barcelone, musée Picasso ©Succession Picasso 2018

Trulli
Laurent Le Bon ©Beatrice Hatala
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Pablo Picasso Le peintre Salvado en arlequin, Paris,1923 Huile sur toile, 130 x 97 cm, AM4313P© Succession Picasso 2018© Centre Pompidou, MNAM CCI, Dist. RMN Grand Palais/Adam Rzepka
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Pablo Picasso Arlequin assis, Paris, 1923. Huile sur toile 130,2x97,1 cm Kunstmuseum Basel, Dépôt permanent ville de Bâle, 1967, G.1967.9 Photo©Martin P. Bühler ©Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso Arlequin au miroir, Paris,1923. Huile sur toile 100x81 cm © Museo Nacional Thyssen-Bornemisza/Scala, Florence© Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso Musicien, Mougins, 26 mai 1972. Huile sur toile 194,5x129,5 cm, Musée national Picasso-Paris©Dation Pablo Picasso, 1979, MP229© Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso La Baignade, Paris, 1937, Huile, crayon et craie sur toile, 129,1x194 cm, Collection Fondation Peggy Guggenheim, Venise Solomon R. Guggenheim Foundation, New York. Photo©David Heald ©Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso La Danse, Paris, 1925, Huile sur toile 215,3x142,2 cm, Tate Gallery, Londres, achat en 1965, T00729© Succession Picasso 2018
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René Dürrbach et Jacqueline de La Baume-Dürrbach,Les Demoiselles d'Avignond'après l'oeuvre éponyme de Pablo Picasso (1907) Cavalaire, 1958. Tapisserie sans couture, chaîne de coton, trame de laine 272x260 cm ©Fundación Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el arte,Madrid© Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso Femmes à leur toilette, Paris, 1937 Papier collé. Papiers peints découpés, collés et gouache sur papier marouflé sur toile 299x448 cm. Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979, MP176© Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso, Femme assise au fichu, 1902 Huile sur toile Detroit, Detroit Institute of Arts, ©Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso, Pierreuses au bar, 1902 Huile sur toile, 1902 Hiroshima, Hiroshima Museum of Art ©Succession Picasso 2018
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Pablo Picasso l'Attente Huile sur carton Barcelone, musée Picasso ©Succession Picasso 2018

Le rassemblement des 3 Arlequins de 1923, la Danse prêtée par la Tate, les 3 Baigneuses de 1937, justifient à eux seuls la visite de “Chefs d’œuvre!” au musée national Picasso Paris. Son président Laurent Le Bon, qui tel un Sisyphe, pour reprendre son propos, veille sur la mémoire de ce génie depuis 2014, après le succès remporté à la tête du Centre Pompidou Metz, fait partie de cette nouvelle génération de conservateurs qui réinvente en permanence le métier. Ce passeur connu pour son éclectisme et sa curiosité insatiable inaugure prochainement au musée d’Orsay* l’exposition “Picasso.Bleu et rose” en tant que commissaire cette fois, l’autre volet de ses activités, une passion qu’il qualifie de chronophage. 

 

Rencontre avec l’un des hommes les plus brillants de son temps, dont l’agilité intellectuelle et l’humour le disputent à une vision transversale et volontiers iconoclaste de l’histoire de l’art, dont on ressort à la fois surpris et conquis !

 

 

Marie de la Fresnaye: Vous décrivez l’accrochage comme “une phrase musicale à créer”, Chefs-d’œuvre ! (clin d’oeil à votre exposition inaugurale pour le Pompidou Metz, sans le point d’interrogation) remplit-il ce défi selon vous ? 

Laurent Le Bon: Une phrase musicale peut être diverse et comme vous nous avez fait l’amitié de commencer cet interview en parlant de l’élégant Hôtel Salé il faut d’abord revenir sur l’environnement architectural. On ne monte pas une exposition dans un hôtel particulier du XVIIème comme sur un plateau blanc. Depuis la réouverture en 2014 nous avons compris et intégré que la structure (le décor ayant disparu bien avant) créé un rythme qui conditionne nos accrochages, nos propositions. Quand je parle de phrase musicale, je suggère que toute exposition soit une construction mentale (cosa mentale). Au fond une exposition est devenue comme un film, un opéra, avec ce moment de précipité chimique où un travail qui peut prendre plusieurs années est révélé. Je tiens d’ailleurs à rendre hommage avant de poursuivre, aux deux commissaires de cette exposition : Emilie Bouvard et Coline Zellal.

Vous avez également donné une 2ème clé. On a tendance dans nos vies de commissaires/artistes, (un vaste débat d’ailleurs, et qui pourrait faire l’objet d’un autre interview – le commissaire a t-il prétention à être artiste -), à vouloir être inscrit dans une histoire. 

J’aime raconter des chapitres et quand j’ai proposé comme exposition de rentrée la notion de chef d’œuvres, qui englobe presque une année, j’ai vu comme un clin d’œil à l’exposition de 2010 à Metz avec ce point d’interrogation. 

Avec Picasso il n’y a pas de point d’interrogation possible, tout est chef d’œuvre. 

Mais comme nos amis du musée d’Orsay nous interrogeaient sur la période Bleue et Rose*, ici, au musée, nous avons voulu mettre en avant des rythmes, des moments fondateurs, des œuvres décisives, après l’exposition du printemps qui interrogeait un autre chef d’oeuvre, Guernica

Nous avons alors choisi comme scénographe Nathalie Crinière qui a su bouleverser notre idée de l’exposition, reprenant l’idée de fenêtre déjà présente au Pompidou-Metz, cette idée de cadrage inventée par Jasmin Oezcebi, instaurant un moment de latence avant de pouvoir apprécier une œuvre. 

Cela s’inscrit bien dans ce sens d’une phrase musicale, avec des moments fortissimo ou pianissimo. 

Le cabinet de curiosité qu’elle a crée autour des petits objets du quotidien conservés par Dora Maar, en dialogue avec les photographies de Brassaï offre une parenthèse assez magique qui rompt après l’envolée de l’escalier où nous attendons La Danse de la Tate. 

En terme d’accrochage n’oublions pas que c’est Picasso qui nous donne la clé, comme dans la salle sur Avignon où nous avons pu à profusion créer cette densité. En revanche dans la salle suivante on retrouve ce dialogue entre art ancien et art contemporain, avec un effet de surprise devant le dernier autoportrait de Rembrandt lui même en dialogue avec 2 derniers chefs d’œuvre, quasiment les 2 derniers dessins de Picasso à l’âge de 90 ans. 

Nous alternons des ambiances très différentes dans une quinzaine de salles pour en ressortir, je le souhaite, avec l’impression que Picasso nous surprend encore. Nous faisons même de nouvelles découvertes comme cette figure de Josep Palau i Fabre que le public français connait moins que Pierre Daix ou John Richardson très prolixes, cet historien fascinant et véritable compagnon, dont on célèbre l’anniversaire de la fondation en lui consacrant une salle dédiée. 

MdlF: Actualité Picassienne intense cet été à travers la manifestation internationale Picasso-Méditerranée dont vous êtes l’instigateur, quel en est le bilan à ce stade ?

LLB: Petit retour arrière : en 2014 à mon arrivée dans cette maison, nous avons mis au coeur de notre politique, l’idée que la collection était nationale, j’ai d’ailleurs fait rajouter le mot national dans l’appellation du musée, qui était dans le décret originel mais avait disparu. 

Cela, non pas dans une visée nationaliste mais pour rappeler que cette collection c’est la vôtre, c’est celle de tous. On a parfois tendance, dans nos métiers, à transformer notre rôle de gardien en un rôle de propriétaire, alors que nous ne sommes que des passeurs. 

Même si proposer de belles expositions à l’hôtel Salé est au coeur de notre volonté, c’est important d’aller au plus près de tous les citoyens et surtout ceux qui en ont le moins l’accès ou l’habitude, pour leur montrer des chefs d’œuvre et ainsi apporter notre modeste contribution à ce vaste débat sur la démocratisation culturelle. En 2015, une année après mon arrivée ici, j’ai réuni à Nice beaucoup de partenaires pour changer de stratégie et s’entendre non pas sur un diktat venant de Paris mais à partir de leurs propres institutions et aventures, et construire un programme commun. Nous avons choisi Picasso et la Méditerranée, sujet éminemment évident chez lui. En revanche ce qui l’est moins, c’est la diversité des thèmes qui sont ressortis des 46 expositions, des sujets qui ont su toucher le public à la lecture des premiers chiffres de fréquentation à mi parcours. 

Ce qui est différent est la lisibilité du programme et sa répartition sur 2 ans de 2017 à 2019. Nous avons déjà largement franchi le cap du million de visiteurs pour l’ensemble des manifestations avec une vingtaine de vernissages, des sujets très divers et des publications dédiées. 

De Picasso et Godard à Arles, Picasso et Matisse à Nice, Picasso et Picabia à Aix qui a été une révélation et dépasse le type de duo parfois artificiel, comme cela avait été le cas à l’hotel Salé avec Picasso/Giacometti très apprécié du public. Quant à une logique de rétrospective plus traditionnelle, celle du musée Fabre de Montpellier grâce à une scénographie très spectaculaire, Michel Hilaire a su revisiter les chefs d’œuvre. 

A Marseille le thème de l’année étant l’amour, ils l’ont pris à revers à travers la veine du voyage imaginaire avec notamment la mise en valeur de la collection de cartes postales du musée peu connue. L’on peut dire qu’il y a eu un énorme enthousiasme, un grand succès public, ce qui n’est pas forcément acquis, même avec Picasso. Nous allons boucler la boucle avec une belle exposition de rentrée à Antibes sur Picasso à Antibes, ce qui étrangement n’avais jamais été exploré, or Picasso y a fait d’autres séjours que la période connue avec le château Grimaldi d’après guerre. Jean-Louis Andral nous prépare un vrai feu d’artifice ! On clôturera l’ensemble par un “atlas méditerranéen” qui sera comme la synthèse des publications, séminaires (le prochain à Malaga) et colloques, que l’on espère sortir au printemps 2019.

MdlF: Quelle est votre vision du métier de conservateur ? et en quoi est-il impacté par l’évolution numérique et la place croissante des réseaux sociaux qui demande une course permanente à l’audience tout en exigeant a contrario, un retour à l’essentiel ?

LLB: En effet. C’est un peu le grand écart même si les 2 jambes restent bien debout face à ce chamboule-tout ! 

Ce que j’appellerais les 2 piliers : 

– Garder le coeur du métier : nous restons fondamentalement des conservateurs, mot terrible qui fait parfois peur. On nous donne en charge un patrimoine, nous devons veiller à ce qu’il soit étudié, inventorié, comme un Sisyphe, rester toujours vigilant. 

Dans un musée comme le nôtre, nous sommes moins dans une logique d’acquisition, les crédits ne le permettant pas et cela n’aurait pas de sens. Nous préférons enrichir la collection dans les domaines tels que la gravure, la céramique, le livre illustré, pour être exhaustif et aller de l’avant.

– L’autre pilier, est ce chamboule-tout, cette conséquence des réseaux sociaux et plus globalement ce monde numérique qui fait qu’aujourd’hui nous avons un devoir d’être attentifs aux jeunes et également à un public plus âgé sensible à cette magie du numérique. Nous pourrions balayer cela d’un revers de la main, mais nous sommes tous à avoir étudié de près le succès de l’Atelier des lumières et autres institutions qui ont, au fond, posé des questions essentielles de pédagogie. Aujourd’hui on ne peut plus se contenter d’accrocher des œuvres dans les plus belles phrases musicales qui soient, et se limiter à des cartels ou sinon, le musée va mourir. 

De même que les bibliothèques. Ce sont des modèles qu’il faut réinventer. C’est pour cela aussi que nos métiers sont passionnants.  Même si nous sommes pris dans la technocratie qui va aussi jusqu’à la gestion du papier toilettes ! C’est aussi ça le métier de conservateur de musée ! cela nous oblige à sortir du quotidien pour pouvoir regarder un peu plus loin. Nous sommes au début d’une révolution dont nous ne maitrisons pas encore toutes les conséquences. Mais j’ai confiance, on le voit dans les premières réactions sur cette exposition de Chefs d’œuvre! parce que le public reste fasciné de voir l’original. On peut faire toutes les numérisations possibles, les réalités augmentées, il restera toujours, on l’espère, cette émotion.

MdlF: Côté commissaire cette fois, la place de l’art contemporain que vous revendiquez depuis Jeff Koons à Versailles engendre de nombreux dialogues entre artistes, certains plus pertinents que d’autres, quels sont les ingrédients pour que cela fonctionne ?

LLB: Je le rapprocherai d’une autre passion et d’un autre aspect de nos métiers qui est l’enseignement. J’ai toujours pensé même si cela peut devenir très chronophage et sans vouloir prendre la place de mon équipe, que ces 2 volets étaient fondamentaux. 

Cela demande bien sûr une bonne gestion des emplois du temps mais j’essaie chaque année de faire une exposition. Et chacun sait que je ne suis pas un picassien de la première heure, et il faudrait sans doute une vie entière pour essayer de comprendre la magie de cet artiste, ma conception de l’histoire de l’art est ouverte. Pour moi, on apprécie d’autant mieux Picasso que l’on apprécie la grotte Chauvet et réciproquement. 

Il se prépare d’ailleurs en 2019 une exposition entre la préhistoire et la modernité au Centre Pompidou où l’on apprendra beaucoup. Effectivement le rapport d’un créateur d’aujourd’hui et d’un maître plus classique me semble au coeur de nos métiers. J’ai toujours très peur des curators qui ne s’intéressent qu’à la jeune création et une certaine réserve pour mes collègues, certes très brillants mais qui se concentrent sur une période très stricte.

Aujourd’hui tous les historiens d’art qui nous ont fait rêver ont su embrasser de larges périodes chronologiques, que ce soit Aby Warburg. Roberto Longhi ou Harald Szeemann et plus récemment Hans Ulrich Obrist Le dialogue dans un monument historique comme à Versailles est toujours à réinventer sans tomber dans un cliché éventuel, mais là encore le public ne se trompe pas.

Les moments de précipités chimiques pour reprendre cette image, sont rares, cette sorte d’harmonie entre un lieu, un propos curatorial et un artiste. 

Si l’on revient à Jeff Koons, j’étais parti de ce constat qu’il était très présent dans tous les médias (les réseaux sociaux n’existaient pas), son image et son œuvre reproduite à foison mais avec une absence de contact de l’œuvre originale. 

Comme à Versailles il était difficile d’accrocher des tableaux nous nous sommes concentrés sur l’œuvre sculpturale autour de 15 pièces uniquement avec ce parti-prix, rythme que l’on retrouve ici, d’une œuvre par salle. Celles et ceux qui voulaient passer à côté, le pouvaient facilement. Et pour reprendre cette boutade amusante, les opposants à Jeff Koons regardaient sans doute plus en l’air pour redécouvrir cet extraordinaire programme de plafonds qui culmine avec la galerie des glaces, que l’on a tendance à esquiver quand on cherche la sortie !

On revient finalement en toute modestie, à ce qu’avait décidé le Roi et la monarchie au XVIIème siècle, faire confiance aux créateurs de son temps.

Aujourd’hui on se doit, y compris dans une maison comme l’hôtel Salé de faire cette place là. 

Nous l’évoquons à travers 2 artistes relativement opposés, l’un plus conceptuel, Claude Rutault, l’autre plus figuratif Guillaume Bruère, générant une tension féconde.

Mon prochain projet est très proche, et alors qu’en général j’évite de faire des commissariats sur Picasso, j’ai souhaité pour des raisons personnelles, répondre à l’invitation du musée d’Orsay qui propose une exposition sur la période Bleue et Rose, un véritable événement pour la France. Etrangement, aucune exposition ne s’était penchée sur cette période bien qu’une grande partie de ces œuvres aient été réalisées à Paris. Cela va être émouvant de voir ces œuvres créées par un artiste alors dans le besoin, qui manquait de tout. La période du Bateau Lavoir étant souvent oubliée, elles sont presque devenus des chromos, des clichés, et rarement vues en France (comme pour Jeff Koons) parce qu’elles ont été très vite collectionnées par nos amis russes, américains, anglais et allemands. 

Je crois pouvoir dire aujourd’hui, alors que nous sommes en phase finale d’accrochage, que c’est un rassemblement que l’on ne reverra jamais plus de notre vivant!

J’encourage donc toutes celles et ceux qui pourront venir à Paris cet automne qui offrira un véritable feu d’artifice avec Miro au Grand Palais, le Cubisme au Centre Pompidou, Egon Schiele à la Fondation Louis Vuitton…Une profusion comme chaque année mais rarement d’un tel niveau.

MdlF: Si vous aviez un rêve.. inachevé

LLB: Nos métiers sont un rêve permanent dans un monde très difficile, avec la chance d’être au contact des œuvres d’art, ce qui n’a pas de prix. Et surtout nous avons la chance d’accueillir les gens pour apprécier ces œuvres. Que demander de plus si ce n’est que le rêve se poursuive. 

J’aime à citer cette phrase de Marcel Duchamp à propos de certaines de ces œuvres “en étant d’inachèvement définitif”. Mon rêve est d’inventer l’exposition de demain et d’essayer d’y trouver un peu de bonheur.

MdlF: Questions subsidiaire : Quel est votre motto ?

LLB: Etrangement je ne me suis jamais associé à un moto ou une citation. Il y a une raison qui se rapproche de l’œuvre picassienne et cette question que l’on me pose souvent de mon œuvre préférée à laquelle je ne peux répondre. 

J’aime toute l’histoire de l’art, j’aime toute l’œuvre de Picasso avec bien sûr des préférences, j’ai du mal à choisir. Je suis assez gourmand aussi avec un côté assez vorace. 

On m’a reproché parfois de proposer des expositions avec trop de profusion comme pour Dada et au final 10 ans après, je me rends compte que j’aime plonger dans cet océan. 

Que l’art dans un monde extrêmement complexe arrive encore à nous poser des questions essentielles et que l’on puisse les défendre sur les cimaises, c’est assez magique !

 

 

Né en 1969 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Laurent Le Bon a rejoint le monde des musées après avoir obtenu le diplôme de l’Institut d’études politiques de Paris et celui de l’Ecole du Louvre. Après un passage remarqué à la Délégation aux arts plastiques, il devient conservateur au Centre Pompidou en 2000. Il y signe l’exposition “Dada” en 2001. Il devient directeur en 2010 du Centre Pompidou Metz, tout en poursuivant le commissariat de plusieurs expositions dont certaines controversées Jeff Koons et Murakami à Versailles ou plus consensuelles avec Jardins au Grand Palais et la Nuit Blanche de 2012. C’est en 2014 qu’il prend la succession d’Anne Baldassari au musée Picasso, l’année de la réouverture du musée dans un contexte de polémique délicat.

 

 

Infos pratiques :

Picasso. Chefs d’œuvre !

jusqu’au 13 janvier 2019

Musée national Picasso Paris

www.museepicassoparis.fr/

*Picasso. Bleu et Rose

18 septembre 2018 – 6 janvier 2019

Musée d’Orsay

Exposition coproduite par le musée d’Orsay et le musée national Picasso-Paris.

Elle sera également présentée à la Fondation Beyeler à Bâle du 3 février au 26 mai 2019.

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