Un dessin…Un trait. Rencontre avec Nazanin Pouyandeh

Saint-Sébastien©Nazanin Pouyandeh

Celle qui prie ment, trahit, aime passionnément©Nazanin Pouyandeh

Technique mixte sur papier©Nazanin Pouyandeh

Kama©Nazanin Pouyandeh

Trulli
Saint-Sébastien©Nazanin Pouyandeh
Trulli
Celle qui prie ment, trahit, aime passionnément©Nazanin Pouyandeh
Trulli
Technique mixte sur papier©Nazanin Pouyandeh
Trulli
Kama©Nazanin Pouyandeh

Les dessins narratifs de Nazanin Pouyandeh foisonnent de références imagées et imaginaires. Détaillée et léchée, chaque feuille possède une force mémorielle propre à l’histoire humaine. Née en 1981 à Téhéran, Nazanin Pouyandeh décrypte ce monde environnant marqué par le flux continuel d’images. Réalités rêvées ou illusions réelles ? Ce délicieux métissage culturel, que chacun s’approprie pleinement, est régulièrement exposé à la Galerie Sator. Enfin, Nazanin Pouyandeh est nominée pour le Prix Drawing Now 2019.

Marlène Pegliasco : Pourriez-vous présenter votre parcours?
Nazanin Pouyandeh : Je suis née en Iran et je suis arrivée en France à l’âge de 18 ans en 1999. J’ai toujours dessiné, j’ai même remporté un prix lors d’une compétition d’art pour enfant en Inde en 1993 et 1994. Arrivée à Paris, j’ai présenté le concours d’entrée à l’École des Beaux arts avec un dossier d’œuvres issues du collage. En fait, c’était des compositions d’images que je déchirais dans les magazines. Avec le temps, je me suis rendue compte que cette démarche était une manière de me sentir plus proche de cette culture que je venais de découvrir et de m’approprier cette nouvelle civilisation. Aux Beaux-arts, j’ai suivi le cours de Pat Andrea qui m’a proposé de transposer ces collages en peinture. La notion d’images est ancrée dans mon travail. J’ai grandi dans un pays marqué par des images de propagande, des marqueurs de guerre. C’était mes seuls visuels et je travaille sur cette manière qu’ont les images de se graver dans notre mémoire et donc de marquer durablement notre propre histoire.

M.P. : Cette emprise sur la réalité est très présente.
N.P. : L’impact de l’image est terrible sur la mémoire et influence complètement la vision picturale. On est accablé par ce monde d’images, il y en a partout !
J’ai toujours entretenu un rapport très fort avec le réalisme. Ce qui m’intéresse, c’est de donner au spectateur une illusion picturale afin de le troubler et de le déstabiliser. Les éléments ne cherchent pas la réalité. Pendant longtemps, j’ai utilisé la photographie anonyme : la publicité, les images puisées sur Internet, des images populaires…Mais maintenant, je prends des photographies de connaissances, d’amis afin que se tisse un rapport humain plus fort. Les gens sont reconnaissables, leurs poses sont plus précises, et surtout, je les fais poser selon mes envies, en costumes voire maquillés. J’ai toujours des idées précises sur les poses mais elles sont plus floues concernant le décor. D’ailleurs, les décors sont comme des collages, une juxtaposition d’éléments. Finalement, je me nourris du monde images sans hiérarchie.

M.P. : Vos dessins font la part belle au figuratif dans des scènes de mythologies modernes. Quelles sont vos inspirations?
N.P. : Ce qui m’intéresse, c’est le concept de l’inconscient collectif développé par Jung comme quoi nous sommes tous reliés et que l’homme se retrouve dans ses mythes. Les mythes ont traversé les siècles et les territoires. L’être humain est un patchwork de différentes cultures, de traditions populaires multiples et finalement, le dessin a comme rôle de communiquer avec l’homme. Mes scènes dessinées sont assez théâtrales mais elles évoquent le brassage culturel qui existe dans ce monde. J’ai beaucoup voyagé et en Inde ou en Chine où les peuples s’expriment avec des images. Mes personnages sont dans un brassage de ce monde, et même à l’état pur, nus, c’est-à-dire sans filtre et dans la plus grande pureté, ils sont accablés par ces images. C’est fascinant !

M.P. : Comment le dessin influence-t-il votre pratique artistique ?
N.P. : Ma peinture parle des instincts premiers de l’homme : la survie, la peur, la guerre, l’amour…Et comment l’être humain cherche des solutions pour exister. Pour ma part, je donne des solutions picturales. Mais cela me demande une grande préparation mentale. Le dessin, par contre, est une pratique d’instinct. Il prend vie au fur et à mesure, comme une improvisation musicale, linéaire mais très colorée, un motif en amenant un autre. Le dessin possède une puissante dimension humaine. J’y imprime le brassage des images du monde comme des tatoos ineffaçables. Un brassage qui se retrouve dans les techniques utilisées : crayons de couleur, encre de chine ou aquarelle.

Portrait d’une dessinatrice :
Si vous étiez un dessin: « Celle qui prie m’ont trahi aime passionnément
Votre technique préférée: nerveux crayon, fort encre de chine, miniature aquarelle.
Le support le plus insolite pour dessiner : sable de plage, n’importe lequel
“Dessiner c’est comme” : Respirer

Marlène Pegliasco

Diplômée d’un Master en Histoire de l’Art et habitant à Toulon,j'ai créé le blog Art In Var (www.artinvar.fr) afin de partager avec mes lecteurs, la riche actualité artistique de ce beau dé...

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