#PhotoCollection: Robert Doisneau, Picasso et les petits pains

Pablo Picasso et les petits pains, 1953©Robert Doisneau Gelatin silver print, printed later. Image: 26 x 20 cm

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Pablo Picasso et les petits pains, 1953©Robert Doisneau Gelatin silver print, printed later. Image: 26 x 20 cm

Robert Doisneau a participé à la résistance en fabriquant de faux papiers. Cette activité l’a amené à rencontrer les imprimeurs et éditeurs du magazine littéraire le Point. Ces derniers le chargent de réaliser un reportage sur Pablo Picasso à Vallauris qui sera publié en octobre 1952. Ce reportage photographique illustre Picasso au jour le jour et le deuxième couvert visible sur la table de la cuisine n’est autre que celui de sa compagne Françoise Gillot. Le maître espagnole y séjournera de 1947 à 1954.

Ce portrait de Pablo Picasso par Robert Doisneau peut paraître anodin au premier abord. Après une lecture plus soutenue, il est évident que le trompe-l’œil sensé représenter les mains du maître n’est en effet qu’une succession de petits pains alignés pour représenter ses doigts posés sur la table. La fuite du regard du maître nous guide ailleurs laissant le subterfuge du pain se déployer pendant notre analyse rapide de l’image.

A qui doit-on cette mise en scène ? L’auteur de cette photographie Robert Doisneau adepte d’une photographie humaniste laissant l’instant décisif manier son regard ou bien serait-ce le peintre espagnole, pierre angulaire de l’art du XXe bien plus apte à jouer avec nos impressions et émotions ? La mise en scène est le fruit de leur collaboration puisque Doisneau apporte des petits pains que le boulanger local a fait appeler des Picassos. Il les pose sur la table et Picasso se charge du reste.

Robert Doisneau est une figure centrale de la photographie française humaniste et sa renommée internationale est dûe à une célèbre prise de vue devant l’Hôtel de Ville dont le fameux Baiser en a fait chavirer plus d’un. Cette scène que l’on croit prise sur le vif est en faite une mise en scène du photographe auprès de deux jeunes comédiens amoureux. La mise en scène est bien un subterfuge parmi d’autres que les humanistes ont pu adopter au cours de leur carrière.

Connu pour son travail principalement tiré de la vie parisienne, Robert Doisneau se trouve être également un excellent portraitiste et sa réputation l’a conduit à immortaliser des artistes de renom dans leur studio tels que Dubuffet, Giacometti, Léger, Braque et Picasso mais cette fois dans sa cuisine et non au milieu de son atelier comme aurait pu le faire André Villers ou David Douglas Duncan. Ici nous sommes au coeur de son intimité dans un intérieur vraisemblablement modeste. Il est plus aisé de portraiturer un artiste parmi ses toiles afin d’en faire ressurgir son caractère et pourtant, la force de cette photographie réside dans cette simple intervention des petits pains et révèle le génie des deux artistes.

Cette oeuvre de Robert Doisneau fait partie de son iconographie la plus célèbre. Ce qui caractérise cette épreuve en particulier, c’est qu’elle se trouve dans un état de conservation immaculée. Ce critère est primordial lorsqu’il s’agit de considérer un tirage provenant d’un photographe humaniste.

Note explicative de 28 Vignon Street

ROBERT DOISNEAU
PABLO PICASSO ET LES PETITS PAINS, 1953
Épreuve à la gélatine argentique, imprimée plus tard.
Image: 26 x 20 cm

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