Le musée imaginaire de Speedy Graphito

Lost, 2012©Speedy Graphito

Simultanée double ©Speedy Graphito

La Sainte Famille ©Speedy Graphito

L’intrus ©Speedy Graphito

Urban Queen ©Speedy Graphito

Trulli
Lost, 2012©Speedy Graphito
Trulli
Simultanée double ©Speedy Graphito
Trulli
La Sainte Famille ©Speedy Graphito
Trulli
L’intrus ©Speedy Graphito
Trulli
Urban Queen ©Speedy Graphito

#TOULON  Street artist reconnu, dont la facture dévoile des couleurs détonantes, Speedy Graphito investit les espaces de l’Hôtel Départemental des Arts – Centre d’Art à Toulon et nous offre une plongée dans son musée imaginaire. À travers 40 ans de création, l’artiste nous montre comment l’imagerie populaire s’associe aux chefs-d’œuvre des maîtres dans un détournement visuel cocasse et amusant. Une exposition monographique contenant de nombreuses œuvres récentes – dont une réalisée in situ– qui ravira de nombreux publics.

L’histoire de l’art revisité
Peinture, sculpture, photographie et vidéo : depuis ces débuts dans les années 1980, Speedy Graphito utilise plusieurs formes d’expression pour créer une œuvre singulière, nourri par les codes sociétaux de son époque et par sa culture artistique. L’exposition, dont le nom est tiré de l’ouvrage éponyme d’André Malraux, s’articule en 10 sections nommées par des courants qui ont traversé l’histoire de l’art : naturalisme, surréalisme, abstraction et numérique, pour ne citer que ceux-là.

Dès le rez-de-chaussée, les toiles présentées nous renvoient aux thèmes chers à l’École de Barbizon. Puis Magritte, De Chirico, Manet ou Picasso forment le point de départ d’une nouvelle création. Speedy Graphito n’hésite pas à introduire des personnages issues  de la culture populaire, comme l’oiseau du réseau social TwitterOlive, la femme du personnage de bande-dessinée Popeye, son personnage signature avec ses cheveux pointus ou celui fétiche, le lapin Lapinture.  Des œuvres très colorées, saturées de tons rouges dans la section « Historique 80 » mais aussi à la recherche plus essentielle comme ses œuvres en bichromie qui ne laisse transparaître que la gestuelle créative et les marques de ses outils d’artiste.

Avant le pinceau et la bombe de peinture, il y avait le crayon et le fusain. « Petit, je passais mon temps libre à dessiner au fusain et à la gomme mie de pain tous les bibelots de la maison » raconte Speedy Graphito. Cette passion pour le dessin et la naissance de ces formes sorties de sa grouillante imagination est visible dans la production réalisée in situ dans l’escalier du centre d’art.

Le premier étage de l’exposition montre de nombreuses œuvres datant des années 2000, la grande majorité ayant été réalisée durant ces 10 dernières années. Artiste de son temps, Speedy Graphito a invité la révolution Internet dans sa création. Notre monde est un flux d’images permanents à la durée de vie parfois très éphémère, un flot d’images de personnes qu’on pense proche de nous mais toujours aussi lointaines. La star de la téléréalité Nabilla se mue en Joconde dans un grand format pixelisé à partir de couvercles peints. L’image devient nette si nous la regardons avec notre smartphone, objet obsessionnel de notre quotidien. Ce questionnement autour des nouvelles technologies confronte texte d’ordinateur et images informatiques dans des techniques aussi différentes que l’acrylique sur bois ou la sublimation sur assiette. Les œuvres produites sont des réponses à nos interrogations quotidiennes.

Au cœur des ces œuvres figuratives, le style abstrait trouve une place essentielle. Speedy Graphito déclare travailler abstraction et figuration de la même manière et que les séparer est une gageure. La radicalisation formelle qui ouvre la voie de l’art abstrait se traduit chez le street artist en de larges aplats de couleurs intenses, développant une symbolique jouant sur l’illusion d’optique, permettant à chaque visiteur de décoder personnellement ces représentations. Ces explorations picturales sont des constructions en plusieurs dimensions et les croisements de lignes, de formes et de fragments sont autant de solutions structurelles picturales.

Mythologies modernes
Ce sont des toiles assez récentes, créées entre 2016 et 2018 qui rendent hommage aux peintres de l’art moderne. Les œuvres renvoient à de nombreuses références comme Warhol, Van Gogh, Matisse, Liechtenstein, Cézanne, Courbet, Picasso, Basquiat…et des références plus insolites comme Bob l’éponge, Donald Duck, Titi et des émoticônes…Des toiles pensées comme des circuits imprimés où de multiples connections se font entre passé et présent. « Je vois l’art comme une grande famille. Même si les approches et les styles sont aussi divers et variés que le nombre d’artistes présents sur la scène artistique, je me sens une affiliation quasi génétique dans ce continuum qu’est l’évolution de l’art. Je subis de façon subliminale un formatage, de par l’intérêt que je porte à mes prédécesseurs. C’est ce qui m’a permis de me construire et de devenir qui je suis aujourd’hui » nous dit l’artiste.

Enfin, la dernière section est consacrée au street art. Artiste majeur de cette scène, Speedy Graphito compose ses œuvres à la fois en atelier et dans la rue. L’énergie insufflée par ce mouvement dynamique et populaire a trouvé chez Speedy Graphito une synthèse mêlant symboles figurés et graphisme textuel. Le monde de la rue le nourrit : paquet de cigarettes écrasé, bombe de peinture géante et toujours des compositions bariolées de références juvéniles transposées aux contradictions de l’ère actuelle.  Et au centre de la pièce,  une palissade de bois où Speedy Graphito s’est représenté. Ses œuvres sont des scènes du théâtre de la vie, une immersion totale dans un univers foisonnant où les multiples références sont comme autant de liens à penser. Speedy Graphito fait ce qui lui plait dans une limpide curiosité. Au cœur de cette promenade, qui conduira le spectateur dans différentes périodes esthétiques qui ont forgé la pratique du street artist, c’est surtout de nombreuses fenêtres que le visiteur ouvrira et à travers lesquelles il découvrira un monde chargé d’une mythologie bien personnelle.

 

Un livre a été édité à cette occasion : Le Musée Imaginaire de Speedy Graphito, In Fine éditions d’art, 2019, 104 p.

 

Jusqu’au 2 juin

Le Musée Imaginaire de Speedy Graphito

Hôtel Départemental des Arts
236 boulevard Maréchal Leclerc
83000 Toulon
mardi-dimanche de 10h à 18h
Entrée libre

 

Marlène Pegliasco

Diplômée d’un Master en Histoire de l’Art et habitant à Toulon,j'ai créé le blog Art In Var (www.artinvar.fr) afin de partager avec mes lecteurs, la riche actualité artistique de ce beau dé...

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