Un dessin…un trait! Rencontre avec Viktoriia Sviatiuk

Trulli
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La femme et la guerre sont les deux sujets de prédilections de Viktoriia Sviatiuk. Cet artiste de 29 ans, née à Kiev en Ukraine, a étudié les arts plastiques dans son pays natal avant d’intégrer l’ l’École Supérieure des Beaux-Arts TALM d’Angers. Les histoires de cette guerre quotidienne dans son pays et la vie de sa grand-mère sont au cœur de la série de dessins « Même la guerre est quotidienne », réalisés à la pierre noire, qui lui a valu l’obtention du Premier Prix de Dessin Pierre David-Weill de l’Académie des Beaux-arts de Paris le 27 mars dernier.

Marlène Pegliasco : Quel est votre parcours?
Viktoriia Sviatiuk : Je suis née à Kiev, en Ukraine. J’ai été diplômée en 2008 de l’École Républicaine d’Arts Plastiques de Kiev. Puis en 2010, après deux ans d’études à la faculté d’art graphique et d’édition de l’Université Nationale Polytechnique de Kiev, j’ai décidé de venir en France où j’ai intégré l’École Supérieure des Beaux-Arts TALM d’Angers. J’y ai obtenu, en 2016, un DNSEP en Arts-Médias. Depuis, j’ai participé à de nombreuses expositions avec diverses institutions telles que le Musée des Beaux-arts et le Château d’Angers. En 2015, mes peintures ont été publiées en tant qu’illustrations des Éditions « Hackoeurs », à Paris Sorbonne. En 2018, ma première exposition personnelle « Les Nuances du Bleu » a été mise en place à l’Espace Art Contemporain À Vous De Voir, à Saint Mathurin sur Loire. J’ai aussi réalisé une performance de peinture à la Biennale des Grands fleuves, Loire-Authion. Enfin, de novembre 2017 à octobre 2018, j’ai été en résidence à la Cité internationale des arts, à Paris. Depuis, j’y vis et y travaille.

Marlène Pegliasco: Parlez-nous de votre série « Même la guerre est quotidienne. »
Viktoriia Sviatiuk: C’est une série de quatre dessins, réalisés à la pierre noire sur papier. Le titre reprend une citation de l’écrivain Marguerite Duras. Touchée par les violences qui envahissent l’Est de l’Ukraine depuis 2014, j’ai commencé à travailler sur les questions de représentation de la mort et de la guerre dans l’art au travers d’une série de portraits de ma grand-mère, dans sa vie quotidienne dans son appartement à Stakhanov. Aujourd’hui, la ville de Stakhanov est occupée par les séparatistes pro-russes. Ma grand-mère a été obligée de laisser son appartement de famille pour chercher refuge à Kiev. Par ailleurs, inspirée par les histoires venant du front, j’ai cherché à comprendre « la beauté de l’explosion » en réalisant des centaines de croquis. De nombreux témoignages provenant de l’Est de l’Ukraine prouvent que même les civils sont souvent attirés par la beauté hypnotique des explosions.

Marlène Pegliasco : Qu’évoque pour vous le dessin?
Viktoriia Sviatiuk : Le dessin est pour moi la manière la plus simple pour m’exprimer à tout moment. Il est à l’origine de tous types d’arts, une sorte de racine indispensable.
Le dessin combine harmonieusement les outils graphiques, la ligne, le trait et la tache.
Dessiner c’est comme avoir un dialogue avec soi-même ou le spectateur ou même avec ces racines. C’est aussi complexe que le fait de penser.

Marlène Pegliasco : Quelle est la place de ce médium dans votre création
Viktoriia Sviatiuk : Dessiner c’est la base de tout… Le dessin se retrouve dans la peinture, la gravure ou la sculpture. Je passe toujours par une étape de dessin préparatoire, de recherche, de croquis et d’esquisse. Par exemple dans la peinture, pour moi, la couleur est le plus important mais le dessin est omniprésent. Il permet de définir une place à chaque chose. Dans mon travail le dessin est comme une colonne vertébrale qui supporte tout.

Comme on le voit dans “Croquis de Vacances”, série sur la guerre à l’est de l’Ukraine, la forme du “croquis” est très importante et devient une finalité. Elle permet souligner la violence du sujet, sous la forme spontanée du carnet d’artiste, forme à laquelle nous sommes habitués. Dans des dessins plus élaborés comme dans la série “Huitres”, l’objectif complètement différent. Aller plus dans les détails est un processus de travail qui m’intéresse. Je tente de trouver la limite entre réalisme et abstraction. Lorsque je dessine, j’ai la sensation de plonger dans des formes abstraites et géométrique, bien que l’ensemble représente des formes figuratives. Dans le dessin, ce qui m’intéresse ce sont toutes les approches possibles, qu’il s’agisse de dessins élaborés en quête d’une forme définitive, ou plus spontanés, comme les croquis.

Portrait d’une dessinatrice :

Si vous étiez un dessin : Impossible d’en choisir un! Sûrement Francisco de Goya. Pas un dessin, mais plutôt une série de gravure: “Los caprichos”

Votre technique préférée : Cela dépend du projet ou de l’idée, récemment, j’ai utilisé la pierre noire pour le dessin et la peinture à l’huile, l’aquarelle.

Le support le plus insolite pour créer : Tous les supports.

“Dessiner c’est comme” : Penser.

Marlène Pegliasco

Diplômée d’un Master en Histoire de l’Art et habitant à Toulon,j'ai créé le blog Art In Var (www.artinvar.fr) afin de partager avec mes lecteurs, la riche actualité artistique de ce beau dé...

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