#PhotoLondon, L’oeil de l’expert 28 Vignon Street!

Tiger Lily (small), 1977 Vintage silver print Tirage 35 x 35 cm; montage 61,7 x 61,7 cm Edition of 3 Price : EUROS 20.000,00 (VAT excl.)

Untitled from Louisiana project, 1980-1989 Dye-transfer print. Signed ink black pen on the reverse. 17 x 25,6 cm Price : EUROS 18.000,00 (VAT excl.)

Bert Stern, Marilyn Nude on the bed, 1962, ed 34/50 4000€ (excl VAT) Pigment print printed 2013, 31,4x46,9 cm, edition of 50 Signed, titled, numbered on the print in red pencil. On the reverse, signed and photographer's stamp. Come with a certificate.

EINZELNE DUNKELROTE TULPE, DÜSSELDORF, 1993©Thomas Struth

Trulli
Tiger Lily (small), 1977 Vintage silver print Tirage 35 x 35 cm; montage 61,7 x 61,7 cm Edition of 3 Price : EUROS 20.000,00 (VAT excl.)
Trulli
Untitled from Louisiana project, 1980-1989 Dye-transfer print. Signed ink black pen on the reverse. 17 x 25,6 cm Price : EUROS 18.000,00 (VAT excl.)
Trulli
Bert Stern, Marilyn Nude on the bed, 1962, ed 34/50 4000€ (excl VAT) Pigment print printed 2013, 31,4x46,9 cm, edition of 50 Signed, titled, numbered on the print in red pencil. On the reverse, signed and photographer's stamp. Come with a certificate.
Trulli
EINZELNE DUNKELROTE TULPE, DÜSSELDORF, 1993©Thomas Struth

#LONDRES PhotoLondon qui ouvre ses portes pour sa cinquième édition, est sans conteste, l’occasion de s’attarder sur l’évolution des modes de consommation du marché de l’art et plus particulièrement du marché de la photographie. A l’heure où chaque semaine, une nouvelle foire s’inaugure créant un tourbillon et un flux d’œuvres quasi ininterrompus, nous rencontrons dans la capitale britannique Gérôme Saint-Germain, expert photographie et curateur pour la plateforme 28 Vignon Street. Chaque jeudi, il éclaire et vous fait découvrir sur smArty des oeuvres emblématiques et rares. Il parle sans tabou de la notion de collection dans une offre foisonnante et inégale, de la récente et donc tardive digitalisation du marché de l’art et d’un futur désirable pour la photographie!

 

smArty: Comment est né le projet 28 Vignon Street?

Gérôme Saint-Germain: 28 Vignon Street a été lancé au printemps 2018 par Roger Szmulewicz, fondateur de Gallery FIFTY ONE (Belgique). Au cours des 20 dernières années, sa galerie, d’abord spécialisée en photographies, s’est ouverte à d’autres médium depuis plusieurs années et a été témoin des nombreuses évolutions du marché de l’art. La plus récente étant la douce migration des acteurs vers le secteur online. Le lancement de la plateforme 28 Vignon Street est en quelque sorte une solution pour répondre à la structure économique du marché de l’art qui ne semble pas toujours adaptée à la demande croissante en dehors des sentiers battus. J’ai rejoint cette aventure après 10 ans passés majoritairement dans le secteur des enchères dont 5 chez Sotheby’s en tant que spécialiste de photographies. Au cours de cette période j’ai pu comprendre le fonctionnement de ce marché et réussir aujourd’hui à me projeter.

28 Vignon Street est tout à fait en adéquation avec l’idée que je me fais du futur du marché de l’art. Ce secteur est l’un des derniers à se projeter dans l’univers digital et il est important que ce transfert garde les codes et bonnes manières qui font de ce marché, un univers à part et toujours aussi désirable. L’objet principal de ce projet est de sélectionner des œuvres parmi une offre pléthorique et de les assembler au sein d’expositions où elles co-existent et se nourrissent les unes des autres dans un dialogue riche né de la curation.

 smArty: Quelle est l’appétence des collectionneurs pour ce type de plateforme? Comment s’approprient-ils les œuvres offertes?
Gérôme Saint-Germain: Les collectionneurs s’adaptent à n’importe quel type de plateforme puisque la collection d’œuvres reste primordiale. La fin justifie les moyens en quelque sorte. Le point essentiel pour un collectionneur est d’avoir confiance et notre objectif à ce jour est de développer une atmosphère de sécurité pour notre clientèle. Notre modèle est ultra compétitif et l’argument commercial est toujours un argument majeur. Il est de plus en plus fréquent de voir des transactions s’effectuer sans que l’œuvre n’est été vue par son acheteur. C’est le cas aux enchères par exemple dont la part des ventes en ligne ne fait qu’augmenter chaque année. C’est aussi le cas en galerie lorsque les clients demandent des sélections d’œuvres par email. Il nous appartient de donner le plus possible d’éléments à notre clientèle pour dématérialiser la rencontre de l’œuvre. Cela passe par une description académique de chaque oeuvre et un rapport de condition de l’œuvre suffisamment précis pour rendre compte de son aspect.

Aujourd’hui, le premier pas lors d’une acquisition se fait en ligne. Ensuite les transactions se finalisent en galerie, aux enchères ou en foire. Ici, sur 28 Vignon Street, du premier au dernier pas, vous restez en ligne. Le gain de temps est considérable, vous pouvez depuis votre sofa voyager à travers plusieurs expositions et remplir votre panier…Ce temps gagné, vous pouvez le consacrer à réfléchir profondément à votre acquisition ou à autre chose.

 smArty: Qu’est ce qu’une photo de collection alors? Comment la définir au vu de l’offre pléthorique des galeries et foires qui pullulent ? Comment s’y retrouver dans cette offre qui n’est pas toujours équilibrée et qui perturbent la décision d’acquisition, la foire ou la galerie étant caution de cette supposée qualité. Comment pouvez-vous accompagner le collectionneur? 

Gérôme Saint-Germain: La définition est assez large. Pour faire court, il me semble que c’est une photographie qui est recherchée par plusieurs acteurs d’un même marché. C’est un objet rare, précieux, issu de la production d’un artiste reconnu par ses pairs et les institutions internationales. Dans un registre ancien, c’est un tirage d’époque signé. Au sens contemporain, c’est une photographie issue d’une édition de 30 exemplaires maximum tout format et tout support confondus. A partir de 31, la TVA n’est plus artistique mais industrielle. C’est une définition purement fiscale de l’art ! (Rires).
Sur 28 Vignon Street, nous tentons de sélectionner ce qui se fait de mieux sur le marché en terme de rareté et de signature. En quelques sorte nous sommes des art advisors et nous essayons de mettre notre subjectivité de côté. Nous travaillons en collaboration avec des curateurs renommés pour offrir un spectre aussi large et sélectif que possible.

Calqué en partie sur notre société de consommation où la productivité et le profit sont essentiels, le marché de l’art se structure par un système de foires internationales qui rythme l’année d’une manière complètement épuisante. Les visiteurs désertent les galeries et courent après les innombrables foires. Les stands coûtent une fortune pour les galeries et la logistique en devient un véritable casse-tête. Ce système semble profiter aux galeries les plus puissantes du marché pour lesquelles une vente permet l’amortissement d’un stand voire plusieurs foires. S’il y a plus de photographe, Tant mieux! Pour le nombre de galeries dédiées à la photographie, je ne sais pas si c’est une bonne chose. J’ai toujours vu la photographie comme intégrant l’art en général, comme un autre médium parmi d’autres. La diversification des collections me pousse à penser que les galeries devraient aussi diversifier leur offre. L’ambition de 28 Vignon Street est de s’ouvrir à d’autres spécialités. Aujourd’hui nous maîtrisons la photographie et demain nous pourrons nous pencher sur d’autres domaines.

smArty: Qui sont vos concurrents et qu’apportez-vous de plus?

Gérôme Saint-Germain: Nous pouvons être considérés par Artsy ou Artnet comme des concurrents. Cela est très flatteur mais je n’ai pas le sentiment que 28 Vignon Street se dirige vers une vitrine où il faille payer pour être visible. Nous modérons les œuvres et c’est donc par notre sélection que nous faisons la différence. Nous nous appuyons sur notre expérience du métier, nos connaissances en photographie sur le marché international. Une fois notre sélection effectuée, nous sommes une market place qui réunit les collectionneurs qu’ils soient vendeurs ou acheteurs.
Nous pouvons également être un concurrent des maisons de ventes aux enchères puisque nous servons de revente pour le marché secondaire. En ce sens nous sommes aussi compétitifs puisque nos vendeurs savent exactement ce qu’ils vont recevoir au moment de la vente. C’est l’avantage de travailler avec des prix fixes qui reflètent des valeurs équitables sur le marché. Nous tentons de trouver les bons prix pour satisfaire à la fois nos vendeurs et nos acheteurs.

 smArty: Vous êtes des professionnels du marché de l’art et particulièrement du marché de l’art photo. Comment analysez-vous l’évolution du marché et ses modes de consommation?

Gérôme Saint-Germain: Les comportements de collectionneurs ont véritablement changé. Il est de plus en plus rare de croiser une collection qui se forge sur des dizaines d’années. J’ai remarqué au cours de mon expérience dans les enchères internationales que les cycles d’achats tendent à se densifier et que les collections ont surtout tendance à se diversifier. L’augmentation des ventes en ligne marque vraiment un tournant dans l’économie récente du marché de l’art. L’outil digital permet de briser les barrières d’un marché souvent réputé inaccessible. L’art touche tout le monde et sa dématérialisation permet d’ouvrir de nouveaux horizons.
L’économie digitale laisse émerger aussi des acteurs qui n’ont pas une connaissance du marché de l’art traditionnel et en cela nous tentons de montrer qu’une plateforme essentiellement digitale peut être un gage de qualité.

 smArty: Quels conseils pouvez-vous donner pour un premier achat?
Gérôme Saint-Germain: Discuter avec un professionnel capable de vous orienter. Achetez ce qui vous plaît, dans votre budget et auprès de quelqu’un en qui vous avez confiance.

 smArty: Et pour un collectionneur plus averti?
Gérôme Saint-Germain:S’il est averti alors il est sûrement habituer au système, a eu le temps de forger son goût et établir ses propres contactes. Je ne peux que lui conseiller de souscrire à notre newsletter. (Rires).

smArty: Vous proposez également des expositions en ligne d’artistes, et de plus en plus de galeries et de maisons de vente organisent des expositions virtuelles ou ce type d’événement. Est ce une tendance lourde, selon vous?
Gérôme Saint-Germain: Les expositions virtuelles ne sont pas si fréquentes à mon sens, exceptées sur les plateformes généralistes qui reproduisent les installations de foires par exemple. On peut aussi trouver en effet sur chaque site de galeries des vues d’exposition. Ces expositions n’affichent pas autant de détails que 28 Vignon Street. Chez nous, vous saurez au moins quel est le prix de l’œuvre en toute transparence. C’est rarement le cas dans notre secteur.

smArty: Comment préparez-vous la curation, le choix des artistes?
Gérôme Saint-Germain:Nous pouvons préparer la curation de différentes manières. Suivant les œuvres déjà disponibles, que les vendeurs apportent d’eux-mêmes ou bien en lançant un appel à consignation à nos clients suivant une thématique donnée.
L’avantage en photographie est que lorsque nous cherchons une pièce, nous avons plusieurs possibilité de la trouver.
Nous avons aussi la possibilité d’exposer sans proposer à la vente comme notre exposition Lucien Hervé curaté par Béatrice Andrieux. Seulement une partie des tirages vintages de Lucien Hervé est disponible.

smArty: Quelles différences avec les missions de détection, de promotion d’un galeriste?
Gérôme Saint-Germain: Nous ne sommes pas à proprement dit une galerie car notre rôle premier n’est pas de défendre la production d’un artiste ni de promouvoir son travail. Nous pouvons en effet aider de jeunes artistes si leurs travaux sont en lien avec nos expositions par l’intégration d’œuvres au sein des group shows mais nous tentons pour le moment de rassurer les collectionneurs avec des oeuvres rares et recherchées dont les valeurs sur le second marché sont déjà établies et ainsi favoriser un climat de confiance. Evidemment nous serions ravis de collaborer directement avec certains artistes. Le rôle de 28Vignon Street est plutôt de rechercher la qualité et donc de déterminer ce qui se fait de mieux à un instant T.

smArty: Quel est l’avenir du marché de la photo?
Gérôme Saint-Germain: Il est sur 28 Vignon Street (Rires).  Plus sérieusement, nous concevons également 28 Vignon Street comme une plateforme compatible et complémentaire aux galeries. Une place où elles peuvent exister librement dans un écosystème où règne la qualité. Le marché de la photographie aussi attractif qu’il soit a toujours besoin d’excellence. L’avenir du marché de la photographie a de beaux jours devant soi s’il réussit à s’insérer dans le paysage de l’art contemporain et du design. C’est déjà le cas pour des artistes conceptuels dont la photographie est le coeur de leurs travaux comme Andres Serrano, Cindy Sherman, Douglas Gordon, Andreas Gursky, Bernd et Hilla Becher, Robert Mapplethorpe, Irving Penn, Thomas Struth.

 

Retrouver chaque jeudi la chronique expertise de Gérôme Saint-Germain et toute l’offre de services de 28 Vignon Street sur leur plateforme www.28vignonstreet.com

Lili Tisseyre

Journaliste puis directrice de production, Lili Tisseyre dirige la création et la gestion éditoriale des premiers contenus web pour les émissions de télé-réalité du groupe Endemol au début des...

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