Marcellin Desboutin, Portrait d’un dessinateur

Le repos de bébé

Edgar Degas au chapeau

Autoportrait

Trulli
Le repos de bébé
Trulli
Edgar Degas au chapeau
Trulli
Autoportrait

#DESSIN ll fait partie de ces artistes qui avaient participé au renouvellement de l’estampe au cours du dernier tiers du XIXe siècle. Il a également fréquenté de nombreuses personnalités et a été étroitement mêlé au mouvement impressionniste. Pourtant, Marcellin Desboutin est encore aujourd’hui peu connu du grand public.

C’est pour réparer cette erreur que le musée Anne-de-Beaujeau à Moulins dans l’Allier organise une vaste  rétrospective sur ce talentueux peintre, graveur et dessinateur. Né dans l’Allier en 1823, Marcellin Desboutin montre des dispositions pour les arts plastiques et la littérature. Il fréquente l’atelier de Thomas Couture puis écrivit de nombreux textes de chanson et pour le théâtre.

Passionné par l’art italien du XVe siècle, il s’installe avec son épouse dans une villa florentine en 1854, et pendant près de vingt ans, recevra de nombreuses personnalités tout en s’adonnant au dessin, à la peinture, la gravure ou à la rédaction de poèmes et de pièces théâtrales. Sa production comprend aujourd’hui plus de 2000 peintures et la bibliothèque de l’IHA conserve 172 estampes ainsi que de nombreuses lettres. De retour à Paris, il participe à la vie culturelle et artistique de cette époque et fréquente les grandes personnalités comme Emile Zola, Paul Verlaine, Auguste Renoir, Edouard Manet…et Edgar Degas qui le prendra pour modèle pour son tableau l’Absinthe .

On connait de lui quelques dessins exécutés au crayon, dont ce délicat autoportrait à la pipe.  Les formes sont délimitées par de fines lignes et le modelé rendu par de légers traits dont la mine effleure à peine le papier. Mais il excella essentiellement en gravure et dans la technique de la pointe sèche. Le critique d’art Albert de la Fizelière disait de lui : «  M. Desboutin joue de cet instrument si dangereux et si sec, en des mains inexpérimentées, avec une grâce et une délicatesse charmante. Maniée avec art, la pointe sèche produit des effets de vigueur et des finesses d’exécution que l’eau-forte donnerait à peine. C’est l’outil des imaginations primesautières et des inspirations subites. M. Desboutin le manie avec une précision remarquable ». Les divers sillons laissés par la pointe permettent de nuancer les noirs, du plus profond au plus subtil, comme dans cette œuvre « Le Repos du bébé » où les variations claires et sombres échelonnent la composition.

Dessiner de manière directe sur le cuivre nu, un support peu malléable, exige une sureté technique et c’est avec toute sa maîtrise que Marcellin Desboutin joue habilement sur les rendus de velouté pour les visages, la douceur des carnations et les profondeurs spatiales. Clément-Janin, écrivain et spécialiste de la gravure, qualifiait l’artiste bourbonnais « réaliste », qui ne travaillait que d’après modèle et savait rendre chaque particularité.

Graveur récompensé au Salon des artistes vivants en 1880, il excella dans la gravure dite de reproduction. Jusqu’à la fin des années 1880, cette gravure, consistant à reproduire les toiles des maîtres anciens, était véritablement promue par les institutions. Marcellin Desboutin réalisa toute une série sur les toiles du peintre Jean-François Fragonard conservées à Grasse, qu’il put découvrir lors de son installation à Nice (ville où il décèdera en 1902). Les « Fragonard de Grasse » résultent d’un enjeu financier afin de produire des copies pour les vendre mais surtout montrent comment Desboutin traduisit l’art rocaille en gravure. Les effets vaporeux, la délicatesse champêtre et l’extrême exactitude témoignent de l’acuité visuelle de Desboutin à saisir toute la naturalité d’un sujet.

Artiste de son temps et graveur accompli, Marcellin Desboutin méritait cette belle rétrospective que lui consacre jusqu’au 15 septembre sa terre natale.

 

 

Marlène Pegliasco

Diplômée d’un Master en Histoire de l’Art et habitant à Toulon,j'ai créé le blog Art In Var (www.artinvar.fr) afin de partager avec mes lecteurs, la riche actualité artistique de ce beau dé...

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