Joe Sacco: “GAZA 1956. En marge de l’histoire”

Gaza 1956, En marge de l'histoire ©Joe Sacco

Gaza 1956, En marge de l'histoire ©Joe Sacco

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Trulli
Gaza 1956, En marge de l'histoire ©Joe Sacco
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#BD Figure à part dans le paysage de la bande dessinée, Joe Sacco débute sa carrière comme cartoonist à la fois humoristique et autobiographique avant d’orienter son travail vers le journalisme et le reportage. Après plusieurs voyages en Palestine pour rencontrer les habitants et tenter de comprendre la diabolisation des Palestiniens par les médias américains quasiment tous pro-israéliens, il publie Palestine en neuf livraisons, un premier récit dessiné mêlant autobiographie, journalisme et enquête. Il inaugure une voix, une approche personnelle de la bande dessinée qu’il ne va cesser d’éprouver et d’améliorer dans ses albums suivants jusqu’à son livre le plus abouti Gaza 1956, qui livre un vrai travail d’historien avec une approche journalistique et immersive là sur un sujet important qui n’est pratiquement pas documenté dans toutes les disciplines. Grande figure de la BD reportage, BD du réel ou quelque soit le nom de cette discipline hybride, il est l’un des pionniers du genre et a instauré un pacte de confiance inédit avec son lecteur. En se posant en protagoniste de ses histoires, exprimant ses doutes, ses préjugés, mais aussi en commentant, expliquant sa démarche et ses méthodes de travail en marge du récit : il apporte un contrepoint bienvenu à la subjectivité du journaliste. Les reportages TV, photographiques ou écrits ont tous un angle, un point de vue et reflète la vision du journaliste plus que la réalité, une ambiguïté que lève Joe Sacco avec cette technique avec la volonté affirmée de lever les doutes sur cette problématique essentielle à l’heure des médias omniprésents.Aussi son œuvre est à ranger du côté de Maus en BD ou Hommage à Catalogne de Georges Orwell ou encore les enquêtes de William T. Vollmann pour la littérature. Chacun de ses livres, et Gaza en particulier, proposent plusieurs trames imbriquées qui racontent ce que l’auteur vit, la mise en scène des témoignages qu’il reçoit ou les récitatifs de ses interlocuteurs. Il expérimente sa méthode dans Soba, et The Fixer qui dresse le portrait d’une société à travers un personnage principal. Ou Gorazde : la guerre en Bosnie orientale et Derniers jours de guerre : Bosnie 1995-1996 autour de témoignages collectifs et d’immersion totale dans le quotidien des gens qu’il interroge. Préfiguration du travail documentaire et de mémoire qu’il ouvre avec Gaza 1956 en cherchant à retracer les événements survenus dans la bande de Gaza à Khan Younis où l’armée israélienne à exécuté 275 Palestiniens. Avec en parallèle des témoignages et récits sur plusieurs exactions au fil du temps et sur Gaza aujourd’hui : tirs de soldats israéliens réguliers, barrages et humiliations, destructions de maison et expropriation, etc… Ces récits entrecoupés de scènes contemporaines vécues par l’auteur.

Très influencé par Harvey Kurtzman, Robert Crumb ou Harvey Pekar, son trait semi-réaliste, use des codes du dessin de presse ou de la BD underground pour mieux transcrire la réalité. Sans résumer ou simplifier, il accumule et confronte différentes scènes et points de vue dans ces ouvrages souvent denses. Il ne dessine pas sur place, mais écoute, interroge et collecte des histoires et des documents qu’il accompagne de photos pour ensuite recomposer son récit une fois rentré aux USA. Choix de cadrages, mise en scène, dessin d’après photo et insertion de documents, au fil des albums son approche de la bande dessinée tend vers plus de réalisme et s’affranchit de certains effets de style pour influencer le moins possible son lecteur. Le dessin lui permet d’aborder le reportage d’une manière inédite, avec un rapport texte-image très important. Les bulles ou cartouches jalonnent les cases pour inviter l’œil à se perdre dans les cases sans perdre le fil du récit et on se demande si toutes ces planches, tous ces livres ne forment pas au final une fresque, un immense portrait des oubliés de la justice.

Donner une voix aux injustices. Dans les zones de guerre, mais également donner la parole aux migrants, aux pauvres, aux oubliés de notre époque. Un travail important à lire, relire et faire lire.

Il reçoit le Prix France Info de la Bande dessinée d’actualité et de reportage en 1999 pour Palestine, une nation occupée et à nouveau en 2011 pour Gaza 1956. Deux Eisner pour Gorazde en 2001 et pour Gaza 1956 en 2010. Prix regards sur le monde au Festival d’Angoulême pour Gaza 1956 en 2011. Et pas mal de prix européens.

Thomas Mourier

GAZA 1956. En marge de l’histoire, Joe Sacco ed Jonathan Cap

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