Daniel Clowes: Ghost World

Ghost World ©Daniel Clowes

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Trulli
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Ghost World ©Daniel Clowes
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#BD Ce livre est l’une des œuvres graphiques les plus puissantes écrite et dessinée sur l’adolescence et son mal-être, le passage à l’âge adulte et son lot de questions existentielles, avec une omniprésence de cet ennui si particulier qui se mue en âge d’or une fois passé la trentaine. Prépublié dans sa revue Eightball au milieu d’autres titres et histoires courtes, Ghost World est l’un des romans graphiques les plus vendus aux USA et son adaptation cinématographique par Terry Zwigoff est un énorme succès. 
Le livre raconte l’amitié adolescente d’Enid Coleslaw et Rebecca « Bekky » Doppelmeyer, deux jeunes Américaines dépitées par leurs familles et cette société américaine conformiste. Comme beaucoup d’ados, leur misanthropie les pousse à fréquenter les freaks et les marginaux. Leur amitié fusionnelle, matérialisée par des scènes aux répliques très drôles, des conversations sur le sexe qu’aucun autre comics ne rend aussi bien et cette complicité naturelle si bien rendue que l’on va sentir s’effriter au fil des pages.

Daniel Clowes dresse un portrait sans filtre de cette étrange période où tout se joue, où on tente d’affirmer sa personnalité à travers des codes ou le cynisme et le malaise s’infiltrent dans tous les rapports sociaux. 
Enid Coleslaw (anagramme de Daniel Clowes) incarne les paradoxes de cette jeunesse à la fois pleine d’envie et de déceptions au moment de la plus grande fragilité. Le dessin à la fois esthétique et clinique participe de cette vision mélancolique, tendre et cynique de cette adolescence particulière qui tend à l’universelle par une profusion de détails, de simplicité et de réalisme. Dessins oscillant entre croquis d’après modèle et caricature, gestion de la temporalité en différents épisodes, utilisation de la bichromie et de la couleur sous forme narrative et le dessinateur joue avec les formes, les cadres et le trait pour son « monde fantôme ». Grand connaisseur de l’histoire des comics, le dessinateur aime à adapter son style en fonction des références et des hommages discrets qu’il rend à ses maîtres. Et cet album appuie les clins d’œil aux grands dessinateurs du quotidien comme Frank King ou plus moderne comme Chris Ware. Cela ressort plus dans ses œuvres les plus récentes et vous pouvez lire Patience (coup de cœur ici) pour vous en convaincre.

Enid dessine, l’art est un moyen de comprendre le monde et d’en traduire ces codes si difficiles à s’approprier. Ce carnet de l’héroïne permet un jeu de miroir entre l’œuvre et son propos, entre le sujet et le médium utilisé par son auteur. Le trait travaillé de Dan Clowes souligne un élément essentiel du succès de ce livre : la beauté peut surgir là où on ne voyait que l’ennui, la poésie de la banalité.

Lauréat d’un Prix Ignatz en 1998, l’auteur remporte aussi un Oscar du meilleur scénario adapté pour le film de Terry Zwigoff (regardez-le, c’est un peu différent, mais au moins aussi réussi !)

Thomas Mourier

Ghost World de Daniel Clowes, ed Cornélius

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