Foujita, painter and dandy
02.04.18
Thierry Forien

La rétrospective du musée Maillol est fascinante pour deux raisons. La première raison est évidemment la qualité et la diversité de l’œuvre de l’artiste japonais. La deuxième raison est la vie même de Foujita, qui a été si singulière qu’elle se découvre comme un roman.

Après avoir étudié la peinture occidentale à l’Ecole des Beaux-Arts de Tokyo, le Francophile de 26 ans est arrivé à Paris pour s’installer dans le quartier Montparnasse. Il y rencontre immédiatement tous les artistes qui iront à l’école de Paris à partir de 1918, Soutine et Modigliani étant ses amis. Foujita a connu la gloire dès sa première exposition en 1917, il a été célébré par la presse internationale et son travail a été montré jusqu’aux Etats-Unis. Travailleur infatigable, il est aussi un habitué des fêtes. Nous sourions à la petite vidéo d’une soirée particulièrement débridée des Années folles. Il a été nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 1925 et était certainement l’artiste le mieux payé à l’époque, ce qui lui a valu un ajustement fiscal important. Il s’est marié plusieurs fois, est retourné au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale (ce qui a provoqué de violentes controverses lors de son retour en France), a obtenu la nationalité française, a été baptisé dans la cathédrale de Reims pour devenir Leonard Tsuguharu Foujita et a finalement décoré la chapelle de Notre-Dame de la Paix construite à cette occasion avant de mourir en 1968.

Avec sa coupe de bol, sa petite moustache, ses lunettes rondes, ses boucles d’oreilles et son goût pour la mode parisienne, Tsuguharu Foujita aura été l’archétype de l’artiste dandy des années folles. Comme Andy Warhol, Foujita était aussi le maître de sa propre mise en scène et de l’autopromotion. On le découvre dans ses nombreux autoportraits et photographies de l’artiste à l’œuvre dans un cadre bien pensé. Comme Warhol aussi, il a réalisé de nombreux portraits (très lucratifs) des commanditaires ou des influenceurs du monde de l’art. Le succès de Foujita est dû à son style original et novateur, synthèse des inspirations et des techniques de l’Orient et de l’Occident, inspiré et respectant à la fois les grands maîtres japonais et le classicisme européen.

Les plus belles pièces exposées sont certainement, à mon avis, les deux dytiques Combat I et Combat 2 fabriqués en 1928. Ces peintures énigmatiques représentent des lutteurs et des couples enchevêtrés et alangue. Ces œuvres étaient considérées comme perdues, stockées dans un garde-meubles. Ils réapparaissent en 1992 lorsque la veuve de l’artiste fait don de ces pièces au Conseil Général de l’Essonne.

INFORMATIONS PRATIQUES
Foujita, peinture dans les années folles des années 20 à partir de
7 mars au 15 juillet 2018

Musée Maillol61 rue de Grenelle

75007 Paris

http://www.museemaillol.com

Ouvert de 10h30 à 18h30 à 18h30