“L’ Âcre parfum des immortelles”
23.10.19
Dominique Vautrin

Documentaire de Jean-Pierre Thorn. Sortie le 23 octobre 2019. Le récit enflammé d’une passion amoureuse – née au creux des dunes landaises et trop vite fauchée par la mort – s’entremêle à l’espérance folle qui nous a soulevés en Mai-Juin 1968.Je remonte le fil de ma vie pour retrouver les figures de rebelles qui ont peuplé mes films : des ouvriers en lutte des années 70 (avec qui j’ai partagé huit ans la vie d’usine) jusqu’à leurs enfants du mouv’ hip-hop… et aujourd’hui des gilets jaunes d’un rond-point à Montabon. Ensemble, ils composent une fresque lumineuse qui prolonge et répond aux lettres de mon amante et montrent combien la rage de Mai est plus que jamais vivante : telle la braise qui couve sous la cendre.

Florentine Lamarche et Alexandre Ovize, connections graphiques!
22.10.19
Marlène Pegliasco

#DESSIN Le Drawing Lab, centre d’art dédié au dessin contemporain, expose jusqu’au 9 janvier 2020 les dessins du duo d’artistes Florentine Lamarche et Alexandre Ovize.  Nourri de l’œuvre du géographe Elisée Reclus (1830-1905) et plus particulièrement des livres « Histoire d’une montagne » et « Histoire d’un ruisseau », l’exposition présente de grandes séries de dessin dans leur intégralité. Avec une sensibilité inspirée de l’Art Nouveau, les détails créent des formes plastiques élaborant un langage visuel produisant des connections graphiques et colorées. Les fleurs, motif récurrent de leur travail, parcourt l’Histoire de l’Art de manière autant symbolique que naturel pour aboutir à des paysages urbains. Ce couple d’artistes, vivant à Aubervilliers, utilise de simples éléments afin de créer des images puissantes comme autant d’enquêtes formelles à mener.

Marlène Pegliasco : Présentez-nous votre parcours.

Florentine Lamarche et Alexandre Ovize : Nous avons fait nos études à l’École des Beaux-Arts de Lyon puis ceux de Paris. Un parcours assez classique somme toute. Puis, nous nous sommes rencontrés lors d’une exposition collective au Point Ephémère. Avec Sarah Tritz, nous avions conçu un volume hétérogène formant la colonne vertébrale de l’exposition. Cette expérience commune autour du volume et du dessin s’est continuée à deux. Cela fait maintenant une douzaine d’années que nous travaillons à deux têtes. 

Marlène Pegliasco : Comment est né le projet d’exposition avec le Drawing Lab ?

Florentine Lamarche et Alexandre Ovize : Nous avions rencontré Solenn Morell, la commissaire d’exposition, lors de l’exposition « Nouvelles de nulle part » au Centre d’Art Contemporain Les Capucins à Embrun. Ce texte visionnaire sur la Commune est de William Morris, le fondateur du mouvement Arts & Crafts , né en Angleterre dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il est très poétique et prend des positions humaines par rapport à la nature et la place de l’homme dans la société. C’est également une alerte sur l’évolution industrielle et la surconsommation. Son idéal est de vivre de manière heureuse en produisant des objets artisanaux. C’est là qu’on a découvert le travail du géographe Elisée Reclus. Ses livres rejoignent la vision idéale de Morris. La nature omniprésente est au centre de toute relation organique. Cela engage le respect de l’autre et le principe du libre échange. Ce sont des notions qui nous ont parlé et que nous avons réactualisé dans un contexte loin de l’utopisme et portant vers une société plus humaine. Enfin, c’est un grand poète qui a travaillé avec de nombreux illustrateurs.

Marlène Pegliasco: Comment ses ouvrages se traduisent en dessin ? 

Florentine Lamarche et Alexandre Ovize : L’exposition commence par un portrait d’Elisée Reclus et de ses voyages, de ce qu’il a traversé. Puis on trouve quinze dessins de paysages issus de ses explorations. Les dessins ont été conçus tantôt comme des cartes, tantôt comme des herbiers. Chaque plante est traitée isolément mais incluse au sein d’une image globale, d’un paysage exotique formées de lignes sinueuses.

Marlène Pegliasco : Qu’est ce que le dessin représente pour vous ?

Florentine Lamarche et Alexandre Ovize : Le dessin est synonyme de simplicité, on peut l’utiliser où l’on veut. D’abord, nous sommes passionnées par la bande-dessinée. Ensuite, il nous apparaît comme une évidence. Le dessin est le prolongement de la main.

Marlène Pegliasco: Quelle est votre actualité ?

Florentine Lamarche et Alexandre Ovize: Nous exposons des céramiques à la Design Parade de Toulon, réalisées dans nos fours. Puis, nous avons une exposition collective au Centre National du Graphisme Le Signe de Chaumont et une autre personnelle au FRAC de Caen qui démarrera en janvier 2020. Enfin, nous avons un projet avec le cabinet d’architectes NeM formé de Thibaud Marca et Lucie Niney pour la création du salon de thé Mulot au sein de la maison de Victor Hugo à Paris. Un travail pérenne qui nous amènera à expérimenter le dessin sur de nouvelles textures puisque nous allons collaborer avec le pâtissier.

Alain Lestié “Par Moments” Galerie Depardieu
22.10.19
Michel Gathier

#NICE Par le titre d’une exposition, les mots hantent parfois une œuvre. Si l’exposition précédente d’ Alain Lestié s’intitulait « Contretemps », celle-ci « Par moments », introduit de nouveau le temps à l’intérieur du dessin. Non pas un temps linéaire mais une durée fragmentée qui se lit par strates dans l’épaisseur du papier, le gras du crayon et son effacement. Voici un récit dont les phrases défient toute chronologie mais se donnent par séquences, appositions et oppositions de sens.
Alain Lestié juxtapose ses feuilles. Il les organise selon des motifs contradictoires dans un clair obscur où figuration et abstraction se mêlent et se dissolvent. Une architecture improbable en surgit : un univers chargé des signes d’une force primitive, chaotique, avec des questions, des mythes, des mots. Et tout cela se dissipe encore, revient par vagues, crée des hiatus, se dit et se renie. Ne reste que l’essentiel, c’est à dire l’indéfinissable, ce qui surgit dans les marges quand de la masse crayonnée vont sourdre des éclairs de représentation aussitôt éteints par d’autres qui se superposent à eux – éléments géométriques, balbutiements d’objets ou de symboles, d’appels, de mots griffonnés…
L’œuvre parle du temps et de ses débris. Les choses s’y déposent comme des rudiments de signes et la lumière qui surgit rature la chape sombre du passé pour en extraire un écho, quelque chose d’essentiel, de définitif et pourtant si lointain. Le dessin est ici un mystère. Un sous-bois se mêle à un graffiti, un papier froissé est un trompe l’œil et la rigueur géométrique contredit les bruissements de la nature. Cet impossible c’est celui d’un temps suspendu et distendu. Alain Lestié le rend visible mais le dessin reste cette déchirure vers l’invisible.

Alain Lestié « Par moments»

Jusqu’au 2 novembre 2019

Galerie Depardieu, Nice 

Alicia Alonso, des feux de la rampe au côté obscur de sa grandeur
21.10.19
Ernesto Santana

#LA HAVANE Samedi 19 octobre, ce n’est pas seulement la grande danseuse Alicia Ernestina de la Caridad Martínez del Hoyo, connue dans le monde entier sous le nom d’Alicia Alonso qui fut enterrée au cimetière de Colón à La Havane. C’était aussi une page de la révolution cubaine qui se tournait définitivement avec sa disparition. Née le 21 décembre 1920, Alicia Alonso a commencé sa carrière de danseuse très jeune et a fait ses derniers entre-chats en novembre 1995. Elle avait presque 75 ans. En 1948, ellel fonde sa compagnie qui deviendra le Ballet Nacional de Cuba (BNC), l’une des institutions les plus prestigieuses au monde. Elle a également fréquenté l’American Ballet et l’American Ballet Theatre et fut l’invitée vedette du Ballet Russe de Monte-Carl. En incarnant Giselle le 2 novembre 1943, elle entre dans l’histoire de l’art de la danse. Mais c’est avec Carmena qu’elle gravera son nom en lettres d’or.

La fin d’une page de la révolution cubaine

Alicia Alonso fut la partenaire des plus grands danseurs de son époque. Elle disait toujours qu’elle préférait perdre la vue plutôt que d’arrêter de danser. Elle et Maya Plisetskaia furent les dernières grandes divas du ballet, mais contrairement à la Russe, l’étoile cubaine ne subit pas les rigueurs du totalitarisme socialiste.

Et puis, il y a le côté obscur de sa grandeur, dont beaucoup se souviennent au moment de conter sa vie. Parce que la Prima ballerina assoluta de la BNC était un proche allié de Fidel Castro jusqu’à devenir son ambassadeur culturel en échange de la gestion de la compagnie de danse comme son fief privé. Bien sûr, cela a permis de sauver ses danseurs des camps de travaux forcés pour homosexuels, les religieux ou les idéologues malavisés. Elle put ainsi maintenir une certaine efficacité au sein de la BNC malgré la crise continue qui détruisait le pays. Mais cela lui permit surtout de mettre en œuvre un culte de sa personnalité qui empêcha les autres danseurs de s”élever et de profiter eux-aussi d’une vie privilégiée.

Lors du Printemps Noir de 2003, trois jeunes Noirs sont fusillés à Cuba pour avoir tenté de détourner un bateau et de s’échapper du pays, 75 opposants politiques seront condamnés à de longues peines de prison. Pour apaiser les critiques internationales, le gouvernement castriste demande l’appui à des artistes et des intellectuels prestigieux. Alicia Alonso fera partie des signataires qui justifient cette campagne répressive brutale.

Plus récemment, l’autobiographie du célèbre danseur Carlos Acosta a été publiée à La Havane, “Sans regarder en arrière ” qui a inspiré Iciar Bollaín pour le film Yuli. La vente sera immédiatement interdite. Alicia Alonso n’aimait pas les insinuation de Carlos Acosta qui y dénonçait les brimades racsites dont il aurait été victime à l’époque où il faisait partie de la compagnie de ballet.

Les honneurs qui lui ont été rendus ce week end par l’ensemble des plus hauts responsables de l’état, de Raúl Castro, Miguel Díaz-Canel, José Ramón Machado Ventura à Esteban Lazo soulignent, s’il en était besoin, son influence, tant culturelle que politique, ainsi que le poids de son soutien au régime cubain.

Au-delà de l’éloge de sa grandeur créatrice et de l’inconvenance de sa proximité avec le castrisme, seul l’avenir pourra juger de la juste dimension de l’artiste et de la personne qui a formé une unité si contradictoire en la personne d’Alicia Alonso, comme dans tant de grands noms de l’histoire de l’art mondial.

#PARIS  Les plus grands maîtres italiens de la renaissance sont actuellement réunis à Paris. Le Musée Jacquemart André propose une sélection de la collection Alana (conservée aux USA). Elle est visible jusqu’en janvier prochain. Comment ne pas tomber en admiration devant tous ces chefs d’œuvres, tableaux, sculptures, objets d’arts inédits et représentatifs d’une Italie renaissante. C’est la « Rinascita », la fin du moyen âge, les sociétés européennes se transforment et l’Italie devance les autres pays par son effervescence artistique. Les artistes italiens expérimentent de nouvelles représentations de l’espace, ils ramènent au grand jour l’héritage de l’antiquité grecque et romaine, ce qui va notamment permettre à la peinture Florentine du 15éme siècle de s’affranchir de la vision médiéval.
Cette collection, réputée très précieuse et mystérieuse, vous entrainera du 14 au 16 éme siècle, de Florence à la Vénétie, du gothique au maniérisme. La scénographie est aussi lumineuse que les œuvres, Hubert le Gall s’est abstenu de surcharger les petites salles du Musée, l’ensemble possède un lien avec l’époque, un quelque chose qui valorise les détails et les couleurs, un je-ne-sais-quoi de baroque.
Le Musée Jacquemart André vous propose ce voyage en pleine renaissance, dans l’histoire d’une collection, l’histoire de l’art et bien sûr la spiritualité pour les croyants. Pour les non-croyants, la Foi se trouve peut-être devant « Le Christ Rédempteur » , « Le Christ en homme de douleur » de Cosimo Rosselli.

La collection Alana
Musée Jacquemart André
Du 13 septembre au 20 janvier
158 Bd Haussmann 75008 Paris

Haikyu !! – Les As du Volley
18.10.19
Bubble

#BD  C’est le manga de sport du moment, 6ème dans le TOP Oricon au Japon en 2017, il est passé 5ème en 2018, se classant juste derrière le reboot de Slam Dunk en ventes cumulées sur l’année. Phénomène assez drôle car vous le verrez, il y a tout de même une certaine ressemblance avec Slam Dunk.

Comme souvent dans les shōnen, nous suivons l’histoire d’un héros qui n’est pas bon dans le sport qu’il pratique mais qui possède des capacités latentes énormes et à force d’entraînement va devenir, vous l’avez deviné mais je le dis quand même, un monstre dans ce sport. Ici, on suit Hinata, un joueur de volley-ball petit (170cm) qui rêve de devenir le meilleur smasher en gros. Bien que petit, il compense cette lacune de taille (on aime le sport mais aussi les jeux de mot) par une agilité, une détente et des réflexes hors normes virevoltant sur le terrain. Lui et Kageyama, un passeur de génie au caractère terrible, rivaux au départ vont devenir les meilleurs alliés car seul Hinata peut smasher les passes supersoniques de notre vilain petit canard et lui seul peut tirer le plein potentiel des talents de notre héros. Une paire en or donc dans une équipe qui bien sûr comme c’est monnaie courante n’aura qu’un but, participer aux championnats nationaux.

Par Matthieu Morisset

Haikyu !! – les As du Volley, 34 tomes – Kazé (série en cours)

« Bubble click and collent »

 

 

Réalités Nouvelles: Incontournable “must see” de cette Paris Art Week
17.10.19
Lili Tisseyre

#PARIS Fondé en 1946 par Sonia Delaunay et Auguste Herbin, entre autre, le salon des “Réalités Nouvelles” oeuvre chaque année, depuis plus de soixante-dix ans, à offrir une caisse de résonance indispensable à l’Art Abstrait, que le grand barnum de l’Art Contemporain installé au Grand Palais pour la FIAC ne parvient pas à éclipser.

Le Salon “Réalités Nouvelles” devrait, parait-il, son nom au poète Guillaume Apollinaire qui dès 1912, pénétré de l’importance de ce nouvel ordre artistique qui fleurissait autour de lui, tentait, par cette appellation mystérieuse, de lui donner une chance d’être accepter par le grand public.

Toujours stimulantes, plus de sept décennies plus tard, ces “Réalités Nouvelles“, traversées par de nombreux enjeux ont su rester placées sous le signe de l’abstraction et de la rencontre. Elles accueillent 400 artistes ce week-end au Parc Floral. Dessin, peinture, gravure, sculpture, photographie, vidéo, une très belle sélection pour donner à voir une idée de la vivacité de ce “mouvement” et de l’agilité intellectuelle des artistes qui s’en revendiquent.

Au lendemain de la guerre, leur situation sociologique était difficile. Aujourd’hui elle l’est peut-être d’autant plus. Ce que le salon offre n’est pas un réseau, mais l’idée même du collectif qui est à la base même de l’art abstrait. “Réalités Nouvelles”, c’est la possibilité pour chaque artiste invité, de construire quelque chose ensemble, dans une dynamique qui n’est ni celle du marché, ni celle des musées. II s’agit ici de se retrouver, de confronter des œuvres, des générations aussi. Cette année, le Salon invite notamment des artistes du Montenegro et de Chine et dans ce même esprit, de jeunes gens fraichement diplômés ou encore en école d’art exposeront le fruit de leur travail. Mais l’association qui organise le salon annuel tire néanmoins le signal d’alarme en réponse aux déclarations du ministre de la culture sur la rémunération des “exposants”.  Car si “Réalités Nouvelles” permet à chaque artiste de vendre de gré à gré ses pièces et ne prend aucune commission sur les ventes, pour autant le système du bénévolat sur lequel repose l’association touche aux limites de l’investissement personnel des artistes adhérents et membres du bureaux. L’association appelle ainsi à une réflexion commune et concertée qui sera, probablement au cœur des discussions dans les allées du Salon.

Dans cette édition 2019, la jeune génération est en mouvement, en connexion totale avec les préoccupations socio-politique de son eco-systeme. On regarde alors les sculptures d’Alexandra Renne, tout juste diplômée des Beaux-Arts de Paris avec un autre regard. La répétition de gestes inhérents au processus de création de ses pièces comme “organiser-assembler-construire-couper-former” sont une réflexion introspective sur l’émotion que crée les matières et le rythme qu’elles induisent dans les volumes lors du surgissement de la sculpture. Également diplômé, cette année, de la prestigieuse institution parisienne et présentées au Salon, les peintures de Gaëtan Di Pizio. Une vaste cartographie de votre espace mental aux larges aplats de couleurs vives dont les multiples tirets, points et autres signes numériques codent ou décodent à l’envi notre interprétation du réel qui nous entoure et nous plonge dans un univers jazzy ou funky selon le mood de notre rencontre avec l’œuvre.

 

Salon des Réalités Nouvelles

du 19 au 21 Octobre

Parc Floral de Paris

 

 

FIAC 2019 Mode d’emploi et de survie
16.10.19
Lili Tisseyre

#PARIS Plus les années passent et plus l’offre artistique au moment d’une foire se diversifie, devenant bientôt une hydre quasi-incontrôlée voire incontrôlable. A peine sortie d’une digestion londonienne plus ou moins réussie, nous voici traversant la Manche pour remettre le couvert avec souvent les mêmes galeries, les mêmes mains à serrer dans les cocktails et les mêmes sourires plaqués sur les visages à la découverte des programmations plus ou moins hasardeuses des galeries, musées et autres institutions. Cette année la FIAC étend un peu plus son emprise et investit définitivement le Petit Palais et l’avenue Eisenhower pour proposer des évènements et des performances tout au long des quatre jours. Nous reviendrons un peu plus tard sur les sélections exposées dans les stands, pour nous concentrer sur les évènements satellites.

Les festivités d’ailleurs n’ont pas attendues l’ouverture de la Foire pour démarrer, à l’instar de ce qu’on vit à Miami, Londres ou Bâle pour permettre à tous de s’associer de près ou de loin et de co-brander ou labelliser son event avec le mot “FIAC” . Ainsi dès vendredi dernier, on pouvait courir la capitale pour découvrir jusque dans Le Grand Paris (Comprenez Le Bourget, Pantin et Montreuil avec quelques incursions dans le 18eme et le 19eme) la jolie édition de Avant Première, une programmation riche et enlevée dans les galeries parisiennes et périphériques: Coté Marais, et de manière non exhaustive, Xippas propose une double exposition dans les deux espaces de la galerie: les peintures et dessins de James Siena et les grands formats du photographe américain Joel Sternfeld (dont nous reparlerons très prochainement), Suzanne Tarasiève propose elle aussi une double exposition dans deux lieux distincts de la rue Pastourelle, la première est une exposition collective, “Woods”, rassemblant différents artistes de la galerie qui travaillent le bois ou s’en inspirent fortement, de Eva Jospin à R.Penck. La seconde exposition est consacrée aux dernières créations du plasticien Jorge Immendorff, qui délaissant Pollock et Picasso, invite à la rescousse pour un hommage sombre à Goya ou Durer Max Ernst ou Broodthaers, une manière de s’affranchir des codes esthétiques d’une peinture qu’il juge complaisante. Plus loin Rue Beaubourg, ce sont les grandes toiles violemment colorées de Paul Mignard, lauréat 2018 de la fondation Emerige qui nous ramènent à une actualité brulante, celle de la crise environnementale et sociétale. Backslash Gallery, plus au nord, propose un solo show de l’américain Fahamu Pecou  jusqu’au 26 octobre et met en lumière, en parallèle,  dans l’ultra branchée et alternative foire “Private Choice” France Bizot & Michael Zelehoski. A Pantin donc, dans la monumentale “cathédrale” de Thaddeus Ropac, on perd la tête et la notion du temps avec les “upside down” de Georges Baselitz de sa série “Time”.

Enfin, sortons définitivement de Paris pour nous rendre en région, où là aussi, on capitalise sur les regards braqués vers la France pour montrer ses atours. Tous les Fracs, dont la programmation est indiquée sur le site de la FIAC, se livrent à une débauche de propositions toutes plus convaincantes les unes que les autres. On notera, un peu en marge, de cette offre pléthorique, Poitiers qui s’inscrit dans le paysage avec “Traversée/Kimsooja”un parcours artistique à travers la ville imaginée en collaboration étroite avec l’artiste par la toute nouvelle directrice du Palais de Tokyo Emma Lavigne. Enfin, plus au Sud, direction Les abattoirs à Toulouse pour la rétrospective majeure, que nous invitons à visiter ici, consacrée au Pop artiste facétieux Peter Saul!

 

La liste semble infinie, il y en a pour tous les gouts (et pour toutes les bourses)… L’automne ne sera pas morose!

 

FIAC and Co

17 au 20 octobre 2019

Grand Palais

 

Documentaire d’Amélie Ravalec. Sortie France le 16 octobre 2019. Un voyage dans l’art, la folie et l’inconscient. Une exploration des artistes visionnaires et de l’impulsion créatrice, des maîtres flamands aux Romantiques jusqu’au Surréalisme et à l’Art Brut.

Un dessin…Un trait! “S’abandonner à soi”
15.10.19
Marlène Pegliasco

« Il invente des situations singulières dans la mise en espace de son dessin. Ses personnages étranges mi- noir, mi- blanc, mi-homme, mi- dieu nous proposent un récit à construire, un récit ouvert qui sollicite nos propres fantasmes, pour exorciser, sans doute notre mal – être actuel ». Ces quelques mots de l’artiste Patrick Sirot décrit avec justesse les œuvres de William Bruet. Son univers énigmatique, linéaire interroge des problématiques actuelles. Masques indigènes, paysages fantasmagoriques, parfois à double lecture : ses dessins au posca sont riches d’une iconographie contemporaine saisies en bichromie. Commissaire d’exposition pour l’association d’art contemporain le PLAC, l’artiste toulonnais œuvre dans plusieurs projets locaux. Son dessin « La Veilleuse », vient d’entrer dans les collections d’art contemporain du Département du Var.

Marlène Pegliasco : Peux-tu décrire ton parcours?

William Bruet : Je m’appelle William Bruet et suis né le 17 mars 1985 à Toulon. J’ai eu la chance d’avoir une mère qui m’a ouvert au monde et à la culture depuis mon plus jeune âge. J’ai ainsi grandi en côtoyant bon nombre de milieu artistique comme celui du théâtre, du cirque ou encore de la poterie. Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours dessiné et j’ai su très tôt que je serai un bâtisseur. Durant mon  parcours scolaire, j’ai rencontré l’artiste Bruno Vigoroso. Ce dernier est devenu un mentor pour moi, il m’a accueilli dans son atelier et initié a de nombreuses pratiques artistique. Je suis ensuite rentré à l’École des Beaux-Arts de Toulon où j’ai obtenu mon DNSEP en 2010. Depuis ce jour, je ne cesse de faire évoluer mon univers et de le partager à travers mes œuvres et expositions. J’ai  travaillé avec de nombreux partenaires comme le département du Var, l’université de Toulon ou encore l’association. Le Bazar du lézard  avec qui j’ai  réalisé des œuvres collectives ainsi que de nombreuses fresques sur l’ensemble du territoire. Depuis quelques années  je travaille avec la chorégraphe et danseuse Simonne Rizzo et j’ai la chance de voir mon univers se transposer au monde du spectacle vivant. Pour sa dernière création  nommée Miwa, j’ai  dessiné  les costumes ainsi que la scénographie du spectacle.

M.P. : Parle-nous de ton dessin de manière générale

W.B. : Le dessin est un voyage .Un voyage autour du monde…dans le temps…au centre de moi…initiatique. Lorsque je dessine, je commence toujours par faire le vide et couper court à toute notion de temps. L’utilisation du noir et blanc est quelque chose de sacré pour moi, le contraste me permet de créer des décalages spectaculaires. A travers mes dessins et détournements photographiques, ma mythologie personnelle distille un univers sombre, énigmatique, chargé de signes et de symboles. En prise directe avec le réel, l’actualité contemporaine cohabite avec  les légendes populaires ou encore les nombreuses représentations de civilisation disparues et existantes.  Le vrai lien de toutes ses influences se situe dans le corps et sur lui .L’apparat, les masques et modifications corporelles viennent se créer et casser le diktat contemporain du corps normé, linéaire, identifiable. Il s’agit pour moi de repenser le corps et de me l’approprier en coupant court à toute identification. Ici les visages sont cachés, les corps énigmatiques. Le doute est très important. Je ne m’adresse pas au regard de l’homme mais à l’imagination que ce dernier est à même de produire. Ma volonté est d’inviter le lecteur à un véritable déchiffrement de mon œuvre. Mes dessins sont teintés  d’intentions métaphysiques, de mystère, voire de mysticisme. Je renoue consciemment avec ce qui fut chez Antonin Artaud à l’origine de toute une part de ce qu’on appelle aujourd’hui la performance : la volonté d’inscrire l’art dans une fonction sacrée, sortie du concept classique de la représentation.

M.P. : Pourquoi utilises-tu le posca dans ta création ?

W.B. : Le premier avantage dans l’utilisation du posca est qu’il me permet de travailler sur différents supports.  Il me permet également d’obtenir un noir mat ce qui créait un décalage intéressant avec la surbrillance de mes photographies. La gamme de posca existant me permet de travailler du très fin (1mm ) au très épais (15mm). Lorsque j’ai besoin de remplir de très grandes masses, il me suffit alors d’éventrer mes feutres et de venir y puiser leur contenu.

M.P. : Comment enseignes-tu le dessin dans les ateliers pédagogiques que tu mènes ?

W.B. : Je ne me considère pas comme un enseignant mais comme un souffleur d’idées. Les enfants ont une imagination débordante et il suffit  de pas grand-chose pour déclencher chez eux l’acte créatif. J’aime partager mes connaissances tout en faisant découvrir l’histoire de l’art. Le plus important pour moi est de les ouvrir au monde et de les initier à différents médiums artistiques. Ainsi nous réalisons des collages, sculptures , photographies peintures ou encore des vidéos. Je tiens aussi à réaliser avec eux des œuvres collectives. Il est pour moi très important de désacraliser l’œuvre d’art et de prendre conscience de la puissance du “faire ensemble”.

 

Portrait d’un dessinateur :

Si tu étais un dessin? « Poing dans la gueule » de Roland Topor

Ta technique favorite? Le détournement d’image.

Le support le plus insolite? La terre. J’aimerai réaliser un géoglyphe de grande ampleur.

“Dessiner, c’est comme …. » ? S’abandonner à soi.

 

www.williambruet.com

 

Miguel Coyula : Le cinéma indépendant doit traiter de sujets inconfortables !
14.10.19
Ernesto Santana

#TAMPA (Floride) Alors que la deuxième édition du Festival du film latino de Tampa Bay se déroule du 18 au 20 octobre, smArty a rencontré l’un des invités, le réalisateur cubain Miguel Coyula, qui présente son dernier film, Nadie, un documentaire sur l’écrivain cubain Rafael Alcides.

Miguel Coyula, diplômé de l’école de cinéma et de télévision de San Antonio de Los Baños, a démarré sa carrière de réalisateur avec le très remarqué Cucarachas rojas, une critique acerbe de la société à travers une histoire d’inceste, suivi de Memorias del desarrollo, d’après le roman du même nom d’Edmundo Desnoes, dont Memorias del Subdesarrollo inspira la célèbre version cinématographique de Tomás Gutiérrez Alea.

 

“Le cinéma indépendant doit traiter des sujets inconfortables que l’on évite dans un cinéma plus complaisant.” Miguel Coyula

 

 

Rencontre:

smArty : Comment s’est passé l’accueil international de cette nouvelle production “Nadie”?

Miguel Coyula : On a connu un début très prometteur avec le prix du meilleur documentaire au Festival Cine Global de Saint-Domingue, qui est le premier festival du film de la Caraîbe. Lorsque nous avons essayé de le projeter à la Casa Galería El Círculo à Cuba, la chance a tourné, il y a eu un raid de la police et de la Sûreté de l’État,. Je pense que la mort de Fidel (Castro) est trop récente. Le film a ensuite été refusé au Festival de Mar del Plata alors qu’il avait été sélectionné, et plus tard le Ministère des Affaires Etrangères de Buenos Aires a également annulé une projection. Le Miami International Film Festival n’était pas intéressé et quand il a finalement été intégré au Coral Gables Art Cinema, il y a eu quelques réactions de colère parce qu’Alcides se revendique lui-même comme un socialiste ou respecte le Che. Les critiques en dehors de Cuba ont été bonnes. Mais surtout, il y a eu des débats et des discussions animés! C’est ce qui m’intéresse vraiment. La projection la plus impressionnante a eu lieu au MoMA. Je pense que maintenant le film est en marche, il circule beaucoup dans les universités.

smArty : Comment a-t-il été reçu à Cuba ?

Miguel Coyula : Pour les critiques de cinéma qui vivent sur l’île, le film n’existe pas, ni pour le meilleur ni pour le pire. Pour moi, Cuba souffre d’autisme moral à ce niveau. Beaucoup de gens me disent “je l’ai vu”, parce qu’il y a des copies numériques qui se répandent. C’est triste parce que je pense, que de tous mes films, c’est lui le plus accessible pour le grand public cubain grâce à l’honnêteté et la capacité de communication d’Alcides.

smArty : Dans vos critères en tant que réalisateur, quelles caractéristiques de votre cinéma précédent se retrouvent dans “Nadie” et quelles sont, selon vous, les nouveautés ?

Miguel Coyula : C‘est un film, comme Memorias del desarrollo, sur un écrivain déçu de la Révolution cubaine, à la différence que lui, est resté dans le pays vivant un exil intérieur. Les personnalités des deux sont également très différentes : Alcides déborde de passion et de romantisme, tandis que Sergio est plus sceptique et observateur. Memorias del desarrollo était un film qui mettait l’accent sur l’image pour contrebalancer la passivité de son protagoniste. C’est pourquoi je voulais que “Nadie” soit construit et tourné autour de la force de ce mot “Personne”. Quatre-vingt-dix pour cent du film est la voix off d’Alcides,  un genre documentaire très désapprouvé : “les têtes qui parlent”. De plus, j’ai décidé d’utiliser des éléments de fiction et d’animation derrière et devant Alcides pour compléter les idées et créer un flux de conscience qui viennent renforcer la subjectivité. Quant à savoir si c’est nouveau ou non, seules les critiques pourront le dire.

smArty : L’esthétique visuelle de votre cinéma est considérée comme novatrice, car il est indépendant et vient d’un pays technologiquement très en retard, comment l’expliqueriez-vous au grand public ?

Miguel Coyula : J’ai été très influencé par les films d’animation. Les Japonais n’avaient pas les gros budgets de Disney pour animer 24 images par seconde alors ils se concentraient sur une composition et un montage visuel beaucoup plus intéressants que Disney malgré l’animation limitée. L’appareil photo et l’ordinateur que j’utilise sont obsolètes selon les critères actuels de l’industrie. Mais pour moi, le langage cinématographique n’est pas déterminé par le nombre de pixels de l’image, mais par l’image exacte lorsqu’on la coupe, par le placement des acteurs dans la scène, par la composition du cadre ou encore la lumière. Et surtout le temps! Il faut investir beaucoup de temps quand on manque de budget pour réaliser ce que l’on veut.

smArty : Pourquoi la politique a-t-elle souvent autant de poids dans vos films ?

Miguel Coyula : J’ai toujours été intéressé par les personnages inadaptés et cela crée invariablement une position politique. Même Cucarachas Rojas, pourtant une histoire d’inceste, examine minutieusement de la société. Je n’aime pas les politiciens, ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que je n’ai pas d’opinion sur eux ou sur la politique. Le cinéma indépendant doit traiter des sujets inconfortables que l’on évite dans un cinéma plus complaisant.

smArty : Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet ?

Miguel Coyula : Blue Heart est un film de science-fiction dans lequel Fidel Castro réalise des expériences génétiques pour créer l’homme nouveau idéal pour son système. Ces individus sont très dangereux et instables. Rejetés par la société, ils unissent leurs forces pour détruire le système qui les a créés. Le film est terminé, mais récemment un de ses acteurs a demandé 2 000 dollars pour donner son droit à l’image sur trois scènes. C’est un chiffre énorme pour un film qui a été tourné pendant huit ans précisément à cause de son manque de financement. C’est pourquoi je n’ai pas eu d’autre choix que de faire un crowdfunding pour sortir le film.

Festival du film latin de Tampa bay
18 -20 octobre 2019
433 Central Avenue, St Petersburg, Florida 33701

Anecdotes on Origin: entre geste performatif et création collective
14.10.19
Marianna de Marzi

#VENISE L’été vénitien est maintenant terminé, mais pas ses innombrables événements artistiques. La ville du Palais des Doges récompense en effet les arts lors de la Biennale de Venise, divisée en art contemporain, théâtre, musique et danse, mais accueille également la Mostra, Festival annuel du film fin août. Ce climat ouvert et dynamique attire les curieux et les amateurs d’art du monde entier et semble vouloir s’opposer aux idées politiques nationalistes répandues dans le Belpaese. L’exposition Anecdotes on Origin s’inscrit dans ce contexte stimulant et propose jusqu’au 16 novembre à la galerie A plus A, un projet conçu et réalisé par les jeunes curateurs internationaux de l’École d’Etudes Curatoriales de Venise. Un échange transalpin qui a duré quatre mois. Le concept d’origine a émergé presque spontanément, traité sous toutes ses facettes, pour explorer le potentiel non exprimé.

Dans cette tentative de créer un lien linéaire entre passé et présent, la notion d’origine s’ancre dans les mythes, soutenue par des histoires stratifiées dans le temps. Ils existent partout et sont considérés comme la structure porteuse sur laquelle construire toute notre existence. Plus on s’attarde sur ces mythes et plus il devient nécessaire de s’interroger sur les structures de pouvoir imposées par les concepts traditionnels d’origine. On se rend compte alors qu’elles sont basées sur des anecdotes, ou des histoires à caractère récréatif plutôt qu’historiographique.

Anecdotes on Origin nous invite ainsi à reconsidérer les moyens et les modalités de transmission des récits sur les origines pour identifier les incohérences entre les anecdotes d’un passé méconnaissable et les expériences vécues par chacun d’entre nous.

Les œuvres présentées dans Anecdotes on Origin décodent la notion d’origine dans ses contextes géographique, historique, identitaire et social, et révélent ces structures de pouvoir universellement acceptées, exaltant des rituels et des liens essentiels et propose des récits alternatifs.

Beth Collar ouvre l’exposition avec son œuvre Seriously. Une série de têtes en céramique qui apparaissent ou disparaissent du sol comme une armée de zombies envahissant la première salle de la galerie. L’artiste, dont la pratique examine les forces externes qui fusionnent la personnalité et modifient le comportement, étudie 17 expressions de la douleur et du stress sur le front. Elle part  d’une recherche scientifique sur le syndrome de stress post-traumatique à partir des crânes de soldats décédés. Une rencontre/choc entre l’Histoire, les histoires des puissants et les vicissitudes des hommes qui ont été asservis.

Une lecture plus géographique est celle d’Ella Littwitz. L’artiste d’origine israélienne utilise des plantes pour étudier la métaphore de l’enracinement dans un lieu et la façon dont il peut être exploité à des fins politiques. Avec For the Glory of the Nation, une installation extrêmement forte dans sa simplicité, elle révèle la volonté du mouvement sioniste d’établir une identité nationale en exploitant la cause du repeuplement de la faune locale. Il crée ainsi des forêts artificielles d’arbres non indigènes, plantés sur le sol de l’État d’Israël à la naissance de chaque enfant, en bordure d’un territoire en pleine expansion.

Les traces du vernissage d’ Anecdotes sur l’Origine, qui s’est tenu le 29 août, sont conservées sur Empty_glass 05. Dans cette œuvre,  gestes performatifs, installation et création collective se rencontrent dans une union d’interactions et d’énergies émergentes et fixées sur des plaques de verre, fondement et support de l’œuvre elle-même. Empty_glass, est né de la collaboration entre Jeschkelanger, duo d’artistes actifs à Berlin, et Hayk Seirig, chef du restaurant Katerschmaus à Berlin. Réalisée en partenariat avec le prestigieux hôtel Ca’ Sagredo, qui a mis à disposition une grande salle de bal richement décorée de fresques, le collectif a invité des curateurs et journalistes internationaux pour un symposium servi sur verre taillé à la main. Les restes du banquet fixés sur les surfaces transparentes ont ensuite été transformés en une œuvre picturale de pigments naturels, intégrant l’espace d’exposition. Un rituel, celui de la table qui nous unit viscéralement aux éléments de la terre d’origine, mais qui réduit aussi les distances et crée de nouvelles rencontres gustatives et pas seulement.

Arash Nassiri avec son film stéréoscopique Darwin Darwah, présenté pour la première fois en Italie, nous plonge dans une réalité souterraine, celle des catacombes de Paris. Dans ce scénario presque de science-fiction, produit avec des images de synthèse, nous nous trouvons à suivre avec nos yeux une lumière blanche qui, comme un guide, nous montre le chemin à suivre dans les tunnels, tandis qu’une voix déformée et sombre révèle une vision alternative à la théorie révolutionnaire. “Darwin Darwah” (Darwah en arabe signifie “confusion”) fait allusion aux nouveaux mythes diffusés sur Internet, selon lesquels l’histoire de Paris est liée aux pyramides égyptiennes, conçues par des extraterrestres qui ont provoqué l’extinction des espèces préhistoriques et donné naissance aux hommes sur Terre.

Une autre vidéo, Artist Interview by Lea Cetera, est une réflexion sur la projection induite par le rôle social dans la construction de l’identité personnelle, à partir de la figure de référence la plus proche, celle de l’artiste. Rappelant l’interview, le mème Expanding Brain, placé à la fin de l’exposition, nous rappelle l’immense possibilité d’options, si l’on se libère du rôle dans lequel les histoires sur les origines nous bordent.

Petite note curatoriale : du balcon de la salle où cette dernière œuvre est présentée s’offre un nouveau point de vue sur l’armée des morts-vivants de Beth Collar, cette fois vu d’en haut. Un avertissement au spectateur de regarder avec suffisamment de distance, et de questionnant constamment l’histoire et ses histoires, pour choisir consciemment la version qui lui convient.

 

Anecdotes on Origin

Jusqu’au 16 novembre 2019 

Galleria A plus A

Calle Malipiero, 3073, 30124 Venezia VE

School for Curatorial Studies Venice 

 

Artisti 

Lea CeteraBeth Collar – Ella Littwitz – Arash Nassiri – Jeschkelanger – 

Restaurant de Hayk Seirig 

“Hajime No Ippo” de George Morikawa
11.10.19
Bubble

#BD On s’attaque probablement à l’œuvre que j’ai le plus appréciée de ce genre. Je ne vais pas vous mentir, après sa lecture, j’ai eu une furieuse envie de faire de la boxe! Dans ce manga de boxe donc, on retrouve l’archétype du shōnen, un héros qui ne connait rien à ce sport mais se découvre une passion pour ce sport. Bénit de capacités essentielles pour la boxe, sans pour autant être un génie, ce manga met en valeur le travail et la persévérance pour atteindre ses objectifs personnels, une certaine leçon de vie en soit. Ippo, collégien maltraité à l’école, fait la rencontre de Takamura Mamoru, boxeur au club Kamogawa, qui vient le sauver de son massacre par des voyous au bord d’une rivière. Ippo perd connaissance pendant son intervention et Takamura l’emmène au club, où il fait la découverte de la boxe, tout en lui apprenant à frapper dans un sac de frappe.

C’est ici que notre héros va commencer son ascension vers les plus hautes sphères du monde de la boxe avec une question en tête qui le poussera à repousser ses limites et à toujours se relever, « Qu’est-ce que ça signifie être fort ? ».

Ippo repose autant sur les combats sur le ring que sur les aventures loufoques des membres du club de boxe. Contrairement à un Ashita no Joe de Asao Takamori et Tetsuya Chiba ou un Riku-Do de Toshimitsu Matsubara bien plus sombres dans leurs intrigues et univers avec des personnages aux backgrounds peu enviables, on a ici un manga au mélange explosif entre humour et combats sanglants où on apprend avec notre héros les bases de la boxe, du direct à l’uppercut en passant par le jab et le crochet.

Un style graphique atypique mais séduisant.
Une série toujours en cours, disponible aux éditions Kurokawa, qui compte aujourd’hui 109 tomes traduits (pour 123 au Japon). George Morikawa est le mangaka à l’origine de cette œuvre publiée pour la première fois en 1990 dans le Shōnen Jump. À travers ces 29 années de publications, la progression graphique est très marquée. On reconnait difficilement le coup de crayon des premiers chapitres dans les dessins actuels. À l’origine, assez brouillon et presque caricaturale dans les visages et leurs expressions, on aurait pu penser à une œuvre d’humour.

Avec le temps, l’œuvre entière a gagné en fluidité, les combats, le rythme, le suspense et le design des personnages ont évolué laissant place à un dessin plus précis et mature, plus sérieux qui sied mieux à la direction prise par l’œuvre. Le côté un peu loufoque et approximatif des premiers chapitres a été abandonné durant les scènes de combats et n’est utilisé qu’en dehors du ring, mis à part pour certains combats caricaturaux qui servent de transition entre les combats importants. On pourrait presque ressentir le besoin de l’auteur de s’accorder des pauses loufoques pour relâcher la pression ! Le mix sérieux/comique m’a personnellement convaincu, on doit d’ailleurs à George Morikawa des expressions faciales uniques et très reconnaissables. Du point de vue de l’anime, 3 saisons et plusieurs films sont disponibles à ce jour. 3 saisons que je conseille vivement, car on retrouve bien l’ambiance pesante des combats aux résultats incertains de ce manga avec une qualité graphique exceptionnelle, il y a clairement match avec Kuroko’s Basket pour ma part.

«Ceux qui travaillent dur ne sont pas tous récompensés. Toutefois ! Tous ceux qui ont réussi ont travaillé dur !»

Un petit grain de sable dans l’engrenage.
Malgré toutes ces qualités, c’est un manga qui paye sa longueur et son âge. Petit à petit, on perd l’essence d’origine de l’œuvre. Bien sûr, le mélange combat/humour marche toujours et Morikawa a encore de bonnes idées mais depuis maintenant une cinquantaine de chapitres, on ne sait plus vraiment où l’auteur veut en venir, ce qu’il veut montrer, le sait-il ? Ce qui est sûr, c’est que bon nombre de fans ont été déçus de la tournure prise par la série et après une longue traversé du désert, le rayon d’espoir qui fera redémarrer la série comme à son apogée semble pointer à l’horizon ! En attendant, vous avez déjà 109 tomes de pur bonheur !

Par Matthieu Morisset

Hajime No Ippo de George Morikawa

109 tomes (à partir de 12 ans)

« Bubble click and collect »

 

 

 

 

Banksy: “Shame I didn’t still own it”
10.10.19
Lili Tisseyre

#LONDRES Ni oeuvre expressionniste abstraite, ni sculpture monumentale en forme de wc en or massif, celle qui aura marquée la London Art Week et catalysée l’attention du monde entier cette semaine est en fait une toile figurative…Celle de la Chambre des Communes, ô combien au cœur de l’actualité ces derniers temps, peinte il y a une dizaine d’années maintenant, mais remaniée tout récemment pour en faire un étendard de la contestation artistique face au Brexit qui s’approche…L’œuvre représente les parlementaires anglais transformés pour l’heure, en chimpanzés. La toile de Banksy, car il s’agit bien de lui, avait été exposée en 2009 lors d’une exposition personnelle au Musée d’Art de Bristol avant d’être vendue à un collectionneur privé qui a donc décidé de s’en séparer au moment le plus opportun pour créer la sensation en pleine foire internationale et la crise qui secoue maintenant le Royaume Uni depuis 36 mois suite au vote du Brexit.

Les comportements des élus ces dernières semaines, font tout particulièrement écho à leurs homologues animales représentés dans le tableau. Un geste artistique visionnaire? Dans “Faites le mur”, le documentaire qu’il réalise en 2010, Banksy impose d’entrée de jeu le thème de l’argent dans l’art ” Que vaut une œuvre d’art : sa côte financière ou sa valeur esthétique ? L’œuvre de Banksy “Devolved Parliament” ressemble à une blague tout comme la vente d’ailleurs, et a su en tous cas détourner l’attention des projecteurs et faire gonfler le prix de la toile partie sous le marteau de Sotheby’ pour la modique somme de 9,9 millions de livres sterling! C’est à ce jour l’œuvre la plus chère du cet artiste britannique qui s’en est ému aussitôt sur les réseaux sociaux avec un laconique « Shame I didn’t still own it ». Habitués aux coups de théâtre lors des ventes du Street Artist dont la stratégie de communication doit faire pâlir les plus grands publicistes (Sors de ce corps Saatchi!), nous sommes tous restés sur notre faim, il n’a pas eu lieu, si ce n’est l’envolée du prix (celle-ci plus que prévisible)! Preuve encore que Banksy n’a pas fini de nous tenir au bout de son hameçon !

Biennale de Lyon : Pannaphan Yodmanee, l’expérience initiatique
10.10.19
Michel Gathier

#LYON  Dans une Biennale volontiers pessimiste quant à l’avenir de la planète et de l’humanité, l’œuvre poétique de Pannaphan Yodmanee, imprégnée tout à la fois d’inquiétude et d’une échappée possible par le biais de la spiritualité, ouvre une éclaircie dans le gris des anciennes Usines FAGOR où se déroule l’essentiel de la Biennale de Lyon. S’inspirant des traditions de son pays natal, la Thaïlande, et un moine bouddhiste l’ayant initié à la peinture dès son enfance, son œuvre établit un pont mais aussi diffuse une interrogation entre cette Asie et l’espace occidental où elle propose un travail in situ dans cette ancienne friche industrielle des temps modernes. Car le temps demeure l’ossature d’une artiste imprégnée par le passé et les cycles karmiques – naissance, mort et renaissance. 

Des installations imposantes opposent de même le macrocosme au microcosme quand, dans de profonds tuyaux de ciment, l’on circule comme dans un tunnel pour un voyage initiatique à moins qu’il s’agisse de s’y réfugier. Pourtant à l’immensité, elle oppose la richesse du microcosme et de l’intériorité. Dans ce paysage souffrant de ruines, des figures surgissent comme un rappel de l’art pariétal. Mais elles sont d’une délicatesse extrême, parfois à peine visibles, aux limites de l’effacement, parées de couleurs vives et de pigments d’or. Les peintures minérales se fondent dans la masse bétonnée. Ici un arbre s’échappe dans une trouée vers le ciel, là un nuage de ciment plane au dessus tel une menace ou, encore, une possible élévation. 

L’art de Pannaphan Yodmanee est complexe, tout en opposition. Il implique la masse pesante du béton, la grâce et la légèreté des figures qu’elle y trace, la sombre intériorité où elles étincellent de couleurs. Ces conduits sont aussi des grottes, des lieux souterrains, les rappels d’un ventre et de ses mystères. Y pénétrer reste une forme d’expérience initiatique quand on y côtoie la destruction et la souffrance mais que l’on voit que sur terre ou vers le ciel, des échappées subsistent. L’art serait ici ce lien entre nous-même et ce monde inquiet qu’il désigne. Il serait une forme de salut.

 

Jusqu’au 5 janvier 2020

Pannaphan Yodmanee

Ancienne Usine Fagor

Documentaire de Waad Al-Kateab et Edward Watts. Sortie le 9 octobre 2019. Waad al-Kateab est une jeune femme syrienne qui vit à Alep lorsque la guerre éclate en 2011. Sous les bombardements, la vie continue. Elle filme au quotidien les pertes, les espoirs et la solidarité du peuple d’Alep. Waad et son mari médecin sont déchirés entre partir et protéger leur fille Sama ou résister pour la liberté de leur pays.

Pieter de Hooch à Delft. Dans la lumière de Vermeer
08.10.19
Dominique Vautrin

#DELFT  C’est une rétrospective majeur que Le Musée Prinsenhof de Delft consacre au célèbre peintre du XVIIe siècle Pieter de Hooch (1629 – 1684). Quelques 30 tableaux de De Hooch y sont rassemblés et présentés pour la première fois. Issus de grands musées européens et américains, c’est une occasion unique pour les visiteurs de découvrir ses œuvres célèbres, qui parfois n’ont encore jamais été présentés aux Pays-Bas, mais également, l’opportunité d’étudier en détail le style et le langage visuel de ce maître Néerlandais.
Né à Rotterdam en 1629, il fut élève de Berchem et trouve « sa maturité » dans sa « période de Delf ». Influencé par Vermeer et Rembrant, Pieter De Hooch a principalement représenté des intérieurs et la vie familière de la bourgeoisie aisée. Connu pour ses jeux de lumières, son réalisme minutieux et ses couleurs, il est devenu en quelque sorte, le maître de l’espace clos d’un intérieur.
Grâce aux différents prêts, jamais autant de tableaux, de chefs-d’œuvre de De Hooch n’avaient encore été réunis dans sa ville de Delft, vous avez jusqu’au 16 février 2020 pour vous rendre au Musée Prinsenhof admirer ses plus belles vues de cours et d’intérieurs, là où elles ont été peintes il y a près de 400 ans.

« Pieter de Hooch à Delft. Dans la lumière de Vermeer »
Musée Prinsenhof de Delft
du 11 octobre 2019 au 16 février 2020

http://prinsenhof-delft.nl/

« Le rêveur de la forêt » au Musée Zadkine
07.10.19
Dominique Vautrin

#PARIS  Sous le titre « Le rêveur de la forêt », quarante artistes se sont installés au Musée Zadkine. Dédié au sculpteur Ossip Zadkine, le musée, (véritable écrin de verdure niché au cœur du sixième arrondissement de Paris) propose un dialogue de ses œuvres avec des artistes modernes et contemporains. De grands maîtres côtoient des artistes plus intimes autour de ce lien qu’est «la forêt». Autrefois espace nourricier pour l’homme, elle produit le matériau « bois » pour celui qui sculpte et une source d’inspiration inépuisable pour l’artiste en général. L’urgence écologique qui frappe nos sociétés de sur-consommation nous rappelle combien il est urgent d’arrêter de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Aussi, soyons ambitieux, recréons un lien entre la nature et l’homme. Comment résister ici à l’appel de celle qui purge l’atmosphère du gaz carbonique, allez, rêvons un peu, allons au Musée Zadkine, l’espace d’un instant, il va purger notre esprit en conjuguant « l’art et la forêt », stimuler nos émotions, quelques fois intimes et profondes.

 

Du 27 septembre 2019 au 23 Février 2020

Le rêveur de la forêt

Musée Zadkine, 100 bis rue d’Assam, 75006 Paris

“Kuroko’s Basket” de Tadatoshi Fujimaki
04.10.19
Bubble

#BD Kuroko’s Basket, de son nom original Kuroko no basuke, fait partie de l’un de ces mangas de sport extrêmement populaires au Japon. Longtemps parmi le TOP 10 des ventes japonaises exposées dans le top Oricon, un top qui tient son nom de la société japonaise Oricon fournissant des statistiques de ventes de l’industrie du divertissement et notamment les ventes manga. Kuroko’s Basket a trouvé la bonne recette qui a su convaincre les lecteurs.

On retrouve notre héros, Kuroko, un joueur d’apparence sans talent pour le basket, il n’est ni grand, ni rapide, ni endurant, il n’est pas non plus adroit. Une entrée en matière relativement classique, on présente un héros qui semble très faible pour, finalement, se révéler être extrêmement bon. Oui mais voilà, l’astuce qui a pu faire une partie de son succès se trouve dans le fait que certes, Kuroko est un joueur très fort mais qu’il ne peut rien faire seul ! Et ça, c’est un concept très intéressant développé par Tadatoshi Fujimaki, qui a permis de mettre en valeur plusieurs personnages principaux, plutôt que d’avoir un ou deux joueurs très forts et des plots autour. On réussit à s’attacher à beaucoup de personnages et même en préférer certains antagonistes ! On n’en dit pas plus, on vous laisse découvrir par vous-même !

L’auteur est fan de Slam Dunk de Takehiko Inoue et on sent bien des influences. Il adopte un style très épuré, lisse avec une esthétique des personnages travaillé au trait fin. Toute l’essence du dessin se retrouve dans les mouvements des personnages, des plus extravagants aux mouvements les plus simples du basket, avec des jeux de regards, une communication visuelle entre les protagonistes pour un rendu fluide, harmonieux et attractif.

« Si l’on admire une personne, on ne peut pas la surpasser. »

On joue les prolongations

Tadatoshi Fujimaki est principalement connu pour avoir créé cette œuvre de 30 tomes publiée à partir de 2009 dans le Weekly Shōnen Jump. Il a continué à surfer sur la popularité de son œuvre en publiant un spin-off, Kuroko’s Basket – Extra game en deux tomes. Sequel de la série originelle où les meilleurs joueurs du championnat japonais se retrouvent réunis dans la même équipe pour affronter une équipe américaine qui leur donne du fil à retordre. Les aventures de notre héros aux cheveux bleus ne s’arrêtent pas là car un second spin-off a lui aussi vu le jour, Kuroko’s Basket Replace PLUS, adaptation en manga du light novel, Kuroko no Basuke Replace de Hirabayashi Sawako, scénarisé par Tadatoshi Fujimaki mais cette fois dessiné par Ichiro Takahashi, un de ses assistants sur la série d’origine. La série est toujours en cours de parution, le 10ème tome étant sorti le 26 juin 2019 chez Kazé, éditeur français des 3 séries.

Quand on parle de manga, on en vient forcément à parler des animes !

Mais alors que vaut la série anime Kuroko’s Basket ?
De la même manière que le manga, et peut être même plus encore, l’œuvre se démarque par une grande qualité visuelle, les scènes de dribbles rapides sont à couper le souffle ! On en reparle quand vous aurez regardé le duel Kagami vs Aomine ! Si le manga est assurément l’un des meilleurs mangas de sport de ces dernières années, l’anime est peut-être le meilleur anime de sport jamais réalisé sur le plan technique et le plan visuel. Vitesse, fluidité, esthétique, doublages, bande-son, tout y est. Une animation qui a su convaincre le géant de la SVOD Netflix puisque les 3 saisons sont disponibles sur la plateforme et je vous les conseille vivement en complément de l’œuvre originale pour vous faire votre propre idée.

Par Matthieu Morisset

Kuroko’s Basket de Tadatoshi Fujimaki

30 tomes (à partir de 12 ans)

« Bubble click and collent »

 

Paradis Perdu ou futur désirable à la Fondation Bullukian
03.10.19
Michel Gathier

#LYON Parodiant la phrase du précurseur du cinématographe, Louis Lumière, « Le cinéma est une invention sans futur », l’artiste italien Andrea Mastrovito nous propose une relecture du monde par le biais d’un décalage assumé qui nous force à l’observer selon des médiums et des normes contraires à leur fonction d’origine. C’est ainsi que sur un sol de 110 m2, l’artiste dispose un ensemble réalisé en marqueterie pour un patchwork de représentations de plans mythiques du cinéma. Or ceux-ci reflètent ce qu’est notre monde – images, ruines, espace désarticulé et temps insurrectionnel. Mais l’artiste, à l’aise dans tous les registres, s’amuse à contrebalancer cette œuvre sombre par une débauche de couleurs et de formes pour un regard d’apparence naïve sur l’explosion de la vie végétale et animale. Mais cette nature saisie à l’extrême jusqu’à se transformer en mythe est un moyen pour Mastrovito de nous alerter sur les menaces qui pèsent sur elle. Cette nature fantasmée, idéale, qu’il nous montre n’est que le fruit d’une accumulation de découpages de livres et donc d’une transformation de la nature ou de documents plastifiés. L’horizon post-humaniste serait-il donc post- naturel, n’en resterait-il que l’illustration idéalisée d’un univers déchu ? Et la splendeur d’un paysage ne serait-il que la composition à post priori d’une extinction programmée ? Il y a dans cette œuvre l’écho triste d’un paradis perdu mais aussi le souffle salvateur d’un autre cheminement, d’un monde à refaire. Et c’est sans doute ce qui est en jeu lors de cette Biennale de Lyon. Dans la Fondation Bullukian, le travail de Mastrovito est présenté en parallèle avec celui de Jérémy Godé, dans le jardin, si différent dans la forme, mais qui résonne avec elle comme une coda tant elle s’implique sur un même engagement mais par le biais de la science et de l’industrie. Le commissariat de Fany Robin aboutit à une exposition cohérente qui ouvre à la réflexion. 

On peut alors s’interroger, pour le reste de la Biennale, sur ce commissariat collectif issu d’un même sérail du Palais Tokyo qui, en dépit d’œuvres parfois saisissantes, a choisi des travaux issus d’un consensus mou. Souvent elles semblent se parasiter, jouer du gigantesque pour palier à un sens incertain si bien que le meilleur côtoie le pire du recyclable et du déjà vu. Cette Biennale, si elle reste passionnante, donne surtout l’envie de suivre certains artistes qui, dans un cadre plus modeste, diffuseraient une réflexion sensible et personnelle sur les enjeux du monde d’aujourd’hui. 

 

 

Jusqu’au 5 janvier 2020

Jérémy Gobé « Anthopocène »

Andrea Mastrovito « Le monde est une invention sans futur » 

Fondation Bullukian, LYON